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02 octobre 2012

Le texte ou le contexte ?

A propos de la ratification du traité sur le pacte budgétaire :

Mardi 2 octobre 2012, devant l’assemblée nationale, le premier ministre a déclaré (selon LeMonde.fr) : "Formellement, vous allez être appelés à voter sur la ratification du traité. Mais à travers votre vote, c'est sur la réorientation de l'Europe que vous vous prononcerez".

Alors, si je suis pour la réorientation de l’Europe (à supposer que le sens de cette réorientation soit clairement défini), mais que je trouve que le traité n’est pas bon, comment je vote ? Ce renversement des valeurs, cette sorte de confusion volontaire entre le texte, le contexte et l’intention du porteur du texte est très fréquente en matière politique. Je pense que c’est désastreux car cela pollue la réflexion, rend hasardeuse l’interprétation du vote des élus et, ainsi, dégrade la confiance dans les institutions.

Nous avons besoin de réapprendre à lire et à discuter vraiment les textes de lois … vaste réforme intellectuelle.

06 septembre 2012

L'agonie du conseil - Ode aux Etats Généraux de Crolles

Septembre 2012 : Le journal municipal de Crolles annonce la tenue des prochains Etats Généraux, le 18 octobre. La municipalité fera un « bilan de mi-mandat » avec des films et, sans doute, un discours du maire. Au même moment, le débat sur le cumul des mandats reprend vigueur car l’échéance du non cumul approche pour les élus socialistes qui s’y sont engagés au plus tard pour fin septembre. C’est dans ce contexte que j’ai écrit cette contribution au bilan de mi-mandat.

 

 

Martine écrit aux parlementaires. A Crolles, qui sera le prochain maire ?

 

Le cumul est un désastre.

Le baron perché sur son astre surplombe la critique

 

Le conseil unanime porte le patron. Brottes fulmine et ricane au balcon.

 

Les conseillers courbent l’échine, dociles comme au PC en Chine.

 

Leur bon vouloir, la concentration des pouvoirs.

L’intérêt général, la voix du caporal.

 

La génération des François domine.

Anne et Jean sont dignes d’éloge, parfois.

Mais en public, jamais ils ne dérogent.

 

Vincent sur le fil, déambule et offre son profil.

Ne le laisse pas tomber, tu sais, c’est pas si facile.

 

Le plus fort est le plus servile. Les faibles ont fui, j’en suis.

 

Du cumul, tous s’accommodent. Que veux-tu, c’est la mode !

D’accord pour changer, si c’est sans danger.

 

Pleure Rousseau et les Lumières.

Peuple endormi, Souviens-toi de Vizille, les tuiles, la Bastille envahie.

Guérir l’aboulie, qui en a encore envie ?

 

Le bilan est convivial, comme à carnaval.

Les chiffres défilent masqués, et content des sornettes.

Sur le char de tête trône Gigi la brouette.

 

La culture tout en haut. Oui, chapeau pour Jargot.

Des pistes pour les vélos.

Esquive, mesquinerie, duperie, brasserie, déchetterie.

Tout un plat pour cet agenda.

 

Ils ont promis la déviation. J’attends la démission.

 

Gaspillage à tous les étages.

Ni vague ni blague. L’écologie en rade. Le pays dans la panade.

Ces Etats sont une mascarade, des Généraux en pantalonnade.

 

Enfin, on le devine, la lutte patine.

Au pied des falaises grandit le malaise.

Le mépris s’échappe.

Que faire de ces fadaises semées sur la toile ?

Les gugusses les écharpent – vauriens sans voile ni panache.

 

Francis Odier

20 mars 2012

Drame de Toulouse, symptôme de démocratie d'émotion

Ce soir, à Froges puis à Crolles, étaient prévues des rencontres avec Arnaud Montebourg et Alain Vidalies, député des Landes, en charge de l’emploi dans l’équipe de campagne de Hollande.

Au petit matin, notre député nous informe : « suite au drame de Toulouse, François Hollande et son équipe de campagne ont décidé de suspendre jusqu'à mercredi les actions de campagne prévues. Les venues d'Arnaud Montebourg et d'Alain Vidalies sur la 5ème circonscription sont annulées. »

Pour moi, cette décision n’est pas bienvenue. Elle est symptomatique d’une démocratie malade, rongée par des dérives si ancrées dans la société qu’on ne les voit plus.

L’hommage aux victimes et la sympathie (au sens propre de souffrir avec) avec leurs proches imposaient sans doute de modifier la forme et le contenu des interventions envisagées, mais non d’annuler ces rencontres avec des parlementaires engagés dans la campagne électorale.

Au contraire, si on voit la politique comme la recherche du mieux vivre ensemble, alors un tel drame devrait décupler nos énergies militantes, nos envies de débattre pour comprendre et proposer. Une campagne électorale devrait être un moment privilégié pour cela.

Voilà ce que je ressens : certains candidats suspendent leur campagne car ils sentent confusément que leurs discours électoraux, sur le fond et la forme, ne sont pas à la hauteur des enjeux de notre société divisée, ne répondent pas vraiment à l’idéal de fraternité que chacun se remémore dans une période de deuil.

Cette suspension sonne comme un signal : alerte ! La campagne manque de profondeur.

Suspendre la campagne après un tel acte criminel, c’est, encore une fois, privilégier la démocratie de l’émotion.

Mélenchon et Bayrou ont fait des choix différents. Je les en remercie.

Et pourquoi faudrait-il que le pays tout entier marche au même pas, ressente les mêmes émotions au même moment, se soumette machinalement aux décisions du chef ?

Les candidats décident ce qu’ils pensent être juste dans leur situation. Mais, ici, dans le Grésivaudan, pourquoi Brottes n’a-t-il pas l’indépendance d’esprit et l’autonomie nécessaires pour décider, avec ses camarades locaux, de la meilleure manière d’adapter la réunion aux circonstances ?

L’excès de discipline et de conformisme nuit gravement à la démocratie.

Francis Odier, 20 mars 2012

A lire sur  http://www.liberation.fr/politiques/01012397154-toulouse-apres-la-treve-la-campagne-redemarre

Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) a pour sa part décidé de poursuivre sa campagne, en expliquant qu'il s'agissait «d'un acte de résistance». «Poursuivre la campagne, c'est un acte de résistance morale, intellectuelle et affective», a lancé l'eurodéputé, avant un déplacement à Massy, sur le thème des services publics. «C'est montrer qu'en toutes circonstances, la vie l'emporte sur la mort», a poursuivi Jean-Luc Mélenchon, dont l'agenda n'a pas été modifié. «Il ne faut pas mettre notre bouillante démocratie entre parenthèses du fait d'un odieux dégénéré assassin», a-t-il ajouté. «Nous ne sommes pas à la merci d'un dégénéré, il ne fait pas la loi, il ne nous impose pas son rythme, nous le rattraperons et il paiera», a-t-il insisté.

François Bayrou, candidat du MoDem, fait de même. «Ce n'est pas avec une parenthèse de trois jours qu'on y mettra un terme (à l'intolérance). Je ne pense pas à ces évènements de façon électorale mais de façon nationale. Ce climat d'intolérance croissant, il faut y mettre un terme. C'est la responsabilité du président de la République et du futur président de la République de dire aujourd'hui : on ne peut pas continuer comme cela», a déclaré à la presse François. Bayrou, en visite à Valence sur le thème de la santé.

(…)

Dès lundi soir, François Bayrou, le candidat MoDem, a relancé (le débat politique) en jugeant que la tuerie de Toulouse trouvait ses racines «dans l'état d'une société» malade de ses divisions et, surtout, en accusant les responsables politiques qui «montrent du doigt» en fonction «des origines» et font «flamber les passions».

«Les hommes publics ont le devoir de veiller à ce que les tensions, les passions, les haines ne soient pas à chaque instant entretenues», a-t-il dit. François Bayrou n'a publiquement visé personne mais a confié à la presse avoir en tête le discours de Grenoble, dans lequel Nicolas Sarkozy avait établi en 2010 un lien entre délinquance et immigration.

François Hollande l'a suivi mardi sur le même thème. «Il y a des mots qui influencent, qui pénètrent, qui libèrent, ceux qui ont des responsabilités doivent maîtriser leur vocabulaire», a-t-il relevé, «au sommet de l'Etat, rien ne peut être toléré, rien».

13 février 2012

Le Monde en chien de garde

"Le chaos politique en Grèce menace le plan de sauvetage" - en page Une du Monde du 12 et 13 février 2012

Ce titre est admirable ! Quelle belle synthèse.

Cette expression de "plan de sauvetage", par l'imprécision de sa cible, est manipulatrice. De quoi s'agit-il ? Sauver la Grèce ? Sauver les propriétaires grecs ? les salariés grecs ? ... ou sauver les créanciers de la Grèce ?

Il faut remarquer l'inversion de la fin et des moyens. Le plan de sauvetage devrait être un moyen de sortie de crise, le voilà promu au rang de finalité.

Le problème est nommé, sans fard : c'est le chaos politique. Mieux vaut l'ordre et la docilité ...

Quand un journal qui se veut honnête nous assène un tel titre, on comprend que la pensée dominante est vraiment bien protégée.

Francis Odier, en colère

22 janvier 2012

L'engagement dans une époque obscure

Fiche de lecture : De l’engagement dans une époque obscure

Miguel BENASAYAG et Angélique DEL REY. Edition : le passager clandestin - septembre 2011.

A partir d’une réflexion sur « ce qui vraiment change le monde », les auteurs argumentent, tout au long de cet ouvrage très stimulant, leurs convictions sur l’engagement dans la société. Ils proposent une sorte de philosophie de l’action qui prend à contre-pied les mythes révolutionnaires, les théories générales, les politiques globales qui sont vouées à l’échec ou ne peuvent que conduire à l’oppression.

 Deux concepts fétiches fondent la théorie de l’engagement qui nous est proposé ici : la situation, le territoire. L’impératif est de territorialiser les luttes.

 « Nos territoires sont nos surfaces d’affectation (…) La manière dont je suis affecté par le monde est le point de départ de mon agir. La territorialisation est le moyen de récupérer les liens qui nous composent (…) Les individus sont tissés par les situations qu’ils traversent. C’est pourquoi le développement des liens est le commencement de l’engagement ».

En première approche, la thèse ressemble beaucoup à l’idée « agir local », principe d’action qui anime désormais la plupart des militants associatifs et qui est aussi très répandu dans le domaine du management et de la conduite du changement en entreprises.

Mais, et c’est là son originalité, l’analyse de Benasayag & Del Rey conduit à la contestation radicale de l’utilité, voire la pertinence, de « penser global ».

Se fondant sur la théorie de la complexité (« A un moment donné, il devient impossible de séparer les parties d’un système complexe (…) L’individu est impuissant à apporter des solutions (…) car fondamentalement il est lui-même le produit du système auquel il voudrait résister (…) On n’agit pas vraiment, on est agi par l’extérieur »), les auteurs insistent sur le primat de la connaissance. « On est toujours déjà engagé (…) La question qui prélude à l’émancipation est donc « comment participè-je du monde ? ».

 Plutôt que « penser global et agir local », les auteurs nous invitent à penser et agir en situation.  

 Se portant en faux contre le constructivisme, Benasayag & Del Rey considèrent que « ce qui ordonne les situations doit être trouvé et ne peut pas être construit ». D’où cet engagement-recherche qu’ils promeuvent, d’où cet impératif de lucidité : « connaître est agir ».

Pour moi, observateur impénitent des mœurs politiques, élu municipal minoritaire dont l’action publique a été limitée, bon gré mal gré, à l’analyse, la critique et la publication de chroniques et dossiers, ce lien direct qui est fait ici entre la connaissance et l’action est la plus belle des légitimités.

 Belle surprise : je croyais lire l’apologie de l’action concrète, je découvre l’éloge de la recherche. Avec en prime, une invitation à la résistance sous forme de proverbe indien : « il n’y a que les poissons morts qui nagent avec le courant », ce qui me rappelle Gilles Vigneault qui chantait « C’est en remontant la rivière qu’on apprend le sens de l’eau ».

« La lutte n’est pas le résultat de l’espoir (…) l’optimisme naît du fait de se trouver sur la route ».

Ce petit livre sur l’Engagement dans une période obscure est un bijou. C’est la première fois que je lis un tel discours lumineux qui valorise autant l’engagement de proximité, qui mise tout sur les individus reliés (en rupture à la fois avec l’individualisme et avec les communautés ou les classes sociales), tout en théorisant qu’il est superflu de s’intéresser aux résultats (en rupture avec l’idéologie de la performance gestionnaire).

 A dire vrai, ce n’est pas tout à fait la première fois que j’entends un tel discours … car en y réfléchissant bien, au risque de choquer les sophistes ou les encartés étroits de tout poil, je retrouve ici, sur le fond, la pédagogie de l’action, cette bonne vieille B.A. (la bonne action) du scoutisme et quelques principes bibliques de mon éducation protestante.

 Compagnon de route de Che Guevara qu’il cite en entame du prologue (Un révolutionnaire fait la révolution), Benasayag est adepte de Deleuze dont il reprend la notion de jurisprudence (toute lutte qui réussit crée un nouveau possible (…) créant une jurisprudence) et de Spinoza (Plus j’ignore mes chaînes, plus je suis esclave). Pour compléter, je serais curieux de relire les évangiles avec lui, en commençant par les paraboles du bon samaritain et du semeur.

L’engagement au présent et en situation est une réponse concrète à la déprime collective, au sentiment d’impuissance qui nous habite si souvent et nous révolte parfois.

 « Les paroles nous divisent, les actes nous réunissent » [Manifeste des indiens Tupamaros, Uruguay, 1960].

 Voir la La fiche de lecture complète -  Fiche de lecture - engagement ds époque obscure.pdf  

- une application concrète de la théorie de la complexité

- agir localement pour faire jurisprudence

- la question de la focale : à quel niveau agir ?

- penser et agir en situation : mon témoignage - de l'agro à la prévention des risques professionnels

- tous candidats ! Un rapprochement avec la campagne lancée par Pierre Rabhi

- quelle focale choisir : l'exemple des 35 h  - peut-on agir globalement et en situation ?