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12 novembre 2020

La Savoie en tête

Je ne suis savoyard que depuis quelques semaines et voilà mon département d'accueil qui se distingue. La Savoie est sur le podium, tout le monde est surpris, personne ne comprend. Ici, le taux d'incidence du virus caracole en tête à 1121 tests positifs pour 100 000 habitants selon le Dauphiné Libéré du jour, loin devant Paris où ce taux est repassé sous les 400.

Que nous dit cette perplexité collective sur la singularité savoyarde du moment ?

Bien sûr, il faudrait s'interroger sur l'indicateur, donc sur ces fameux tests qui sont maintenant au coeur de la doctrine de lutte contre le covid. Le taux d'incidence mesure en même temps l'activité des testeurs et la présence du virus. Peut-être est-ce par goût macronien du en même temps que les autorités sanitaires ne démêlent pas les différents paramètres. Mais là n'est pas l'essentiel.

Nous voulons tout expliquer, niant la part du hasard, la dimension mystérieuse de la propagation de l'épidémie et les fluctuations inhérentes à un phénomène chaotique. Le virus est passé par ici, il repassera par là. En mars à Mulhouse, en octobre à Saint-Etienne et en novembre en Savoie, le virus voyage sans titre de transport ni attestation de sortie. A chaque instant, comme au lycée et au championnat de foot, il y a un premier et un dernier au classement. 

Il n'y a rien sans cause, faut-il croire. Si la 2ème vague est venue, c'est la faute au relâchement estival. Quand elle reflue, c'est grâce au confinement automnal. Voici la vérité, rassurante, de la République rationnelle. 

La nuit, entre 21 h et 6h, le virus dort. Le préfet de Savoie l'a observé. C'est pourquoi le port du masque n'est obligatoire que le jour dans les lieux ouverts au public (par exemple sur un chemin rural au Désert d'Entremont), ainsi en a décidé la République savante après avis de l'Agence Régionale de la Santé, auxiliaire du ministère de l'Intérieur, cohésion administrative oblige.

Dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, tout avis critique est suspendu jusqu'à nouvel ordre.

Francis Odier, 12 novembre 2020

 

Arrêté préfectoral portant obligation du port du masque en Savoie

Avis de l'ARS

 

Pour la liberté d'accès aux espaces naturels

Les humains font partie de la nature. Pour nous sentir vivants, nous avons besoin de la proximité de nos semblables, cohabitants sur cette terre.

L’évidence est là et il faut la répéter : il n’y aucune justification sanitaire à l’interdiction d’accès aux espaces naturels, à la limitation de circulation à 1 km autour de son domicile. Bien au contraire, l’activité physique en extérieur est recommandée au titre des bonnes pratiques de prévention.

La nature est notre alliée. Elle peut nous aider à rendre supportable, sans accroitre le risque sanitaire, l’assignation à domicile et au travail qui nous est faite.

Interdire l’accès à la nature est infiniment plus grave qu’une privation de liberté. C’est une mutilation, une régression anthropologique, une insulte à la science et à l’humanité.

La lutte contre la pandémie ne peut tout justifier. Une société qui se coupe de la nature n’a aucun avenir.

Encore une fois, ce sont les plus démunis des quartiers urbains denses qui sont le plus lourdement sanctionnés avec cet autoritarisme aveugle aux bienfaits de la nature.

A nouveau, comme dans le premier confinement, nous devons subir que les seuls autorisés à fréquenter les espaces naturels sont ceux qui contribuent à les détruire : les aménageurs et leurs prestataires, les chasseurs. Les dérogations pour continuer la chasse sont scandaleuses alors que le reste de la population est privée de nature.

Loin de tout risque contagieux, les espaces naturels, proches ou loin des villes, peuvent fournir les lieux de cohésion sociale et de fraternité dont nous avons tous besoin.

On l’a vu cet été, partout en France : le besoin de nature est immense. Il faut s’en réjouir car c’est un préalable à la mobilisation de l’opinion pour la préservation des espaces naturels. A l’inverse, les restrictions d’accès créent des zones de surfréquentation qui ne sont bonnes ni pour la prévention contre le virus, ni pour la nature.  

Nous demandons aux autorités locales de maintenir ouverts, sans limitation de distance ou de durée, les parcs, les bois et les forêts, les massifs de montagne, les abords des rivières et les plages.

Henry David Thoreau, un des pionniers de l’écologie, auteur du magnifique « Walden, la vie dans les bois » en 1854, nous montre la voie. Pour lui, pour nous, le citoyen peut refuser des ordres injustes. Tel est le message de la Désobéissance civile, ouvrage fondateur qu’il publia en 1849.

La démocratie est un bien collectif précieux. Pour la défendre, il faut parfois dénoncer les décisions arbitraires, contraires à l’intérêt général. C’est ce que nous faisons ici en appelant à la liberté d’accès aux espaces naturels.

Francis Odier

 

Communiqué de presse de FNE Isère : Non à la chasse et au piégeage durant le confinement 

Courrier au préfet de l'Isère de demande de dérogation pour les sorties terrain naturalistes.

Pétition : Pour un accès responsable à la nature en période de confinement 

France Bleu Isère, 10 novembre - L'appel de la nature : ces isérois qui insistent pour profiter des balades 

11 novembre 2020

Retour sur terre

Depuis son ouverture en 2009, le nom de ce blog a évolué.

J'ai commencé à écrire dans le cadre de mon mandat de conseiller municipal à Crolles. En tant que minoritaire, j'avais besoin d'un support d'expression, ce fut "Le journal d'un citoyen à Crolles en Grésivaudan".

Vers 2015 - 2016, j'ai cherché à élargir et j'ai donc supprimé la référence à Crolles, puis au Grésivaudan, le blog devenant le journal d'un citoyen d'ici et ailleurs.

Là-dessus arrive ce fichu virus ... qui réveille en moi le virus d'écrire dans le journal d'un confiné, suivi logiquement, et sans originalité aucune, du journal d'un déconfiné.

L'été se passe. Chômeur en vacances, je reprends goût à la lecture. Un ouvrage m'a particulièrement marqué : Où atterrir ? par Bruno Latour. 

Latour ne répond pas de manière univoque. Il conclut par une ode à l'Europe, c'est là qu'il veut se poser. Tout au long du livre, il suggère une autre réponse et nous propose "le terrestre" comme pôle d'attraction pour nous orienter. Oui, je suis un terrestre qui écrit un journal

Ce blog fut nommé en hommage à Edgar Morin. A l'époque, je nageai avec délice dans la noosphère. Il est temps de revenir sur terre.

Francis Odier, 11 novembre 2020

30 octobre 2020

Rebelote

Le 4 juin dernier, j'écrivais l'épidémie est finie. Vous apprécierez, j'espère, la pertinence du pronostic.

Une telle erreur - il manquait un mot, provisoirement, je confondais mes espoirs et la réalité - me condamne-t-elle au silence ? Si ceux qui se trompent arrêtaient de parler et de s'agiter, on entendrait les mouches voler le soir à 18 h à la gare St Lazare.

Maintenant que l'épidémie reprend, il n'est pas trop tard pour revenir aux sources que je citai dans mon article de juin. En fait, nous n'avons pas vraiment quitté ces sources, à savoir la gestionnite aigue qui a sévi pendant des années à l'hôpital. La crise du printemps et ses milliers de morts n'ont pas changé grand chose: avec ou sans Segur de la Santé, l'Etat presse le citron des agents hospitaliers, les effectifs se dégarnissent et voilà, rebelote.

Il est stupéfiant de découvrir que nous repartons pour un tour, dans une situation proche de celle du printemps, avec comme fil conducteur de limiter la saturation des hôpitaux. L'histoire ne pouvant être strictement identique, il y a cependant des changements notables comme le maintien de l'ouverture des écoles, collèges et lycées. Mais sinon, sur le fond, quel statut quo ! 

Le centralisme technocratique, la décision en urgence, la non discussion des choix fondamentaux, le mépris des bienfaits de la nature, le contrôle de la population, le primat de l'économique sur le culturel et le social, une vision étriquée de la santé publique, l'instrumentalisation de "la science" .... Les autorités n'ont rien lu, rien entendu, rien repris des alertes sur la santé publique, le monde du spectacle, la fragmentation des liens humains ... L'opinion reste stable, passive, résignée, asservie. 

A pleurer.

Francis Odier, 30 octobre 2020

 

 

 

 

04 juin 2020

Retour aux sources

Les signes ne trompent pas. Les masques ont été distribués, la surproduction pointe son nez dans les usines textiles reconverties en urgence, les services de réanimation ont récupéré des lits, l'application Stop Covid est en phase de test, le pays est maintenant prêt à faire face … l'épidémie est finie. 

C'est le moment de s'interroger sur les sources. 

Reprenons le fil des événements : le problème n'était pas le virus seul contre lequel même le professeur Raoult ne peut pas grand chose, mais plutôt la capacité des hôpitaux à absorber le flux de malades. Les hasards de la vie et un prochain déménagement me font brasser ma collection de vieux journaux. Que vois-je ? Un article du Monde de septembre 1996 : "Les préfets sanitaires ont été nommés au conseil des ministres. Les vingt-quatre agences de l'hospitalisation devront réduire le nombre de lits et d'établissements (...) Ces hauts-fonctionnaires auront la lourde responsabilité de restructurer le tissu hospitalier le plus dense et sans doute le plus couteux d'Europe".

C'est le début de notre histoire, la lointaine source de la panique qui a saisi le pouvoir au moment où il a compris, en mars dernier, que notre système de santé risquait fort d'être débordé, saturé, défaillant, d'où le confinement brutal qui fut décidé.

Après les agences régionales de l'hospitalisation mises en place en 1996, il y eut les agences régionales de santé, mais la politique fut la même, avec constance : restructurer, réduire les lits, limiter les dépenses visibles. Avec les résultats que l'on connaît. 

Le Monde, quand on le lit plus de 20 ans après publication, est vraiment un bon journal. Il nous donne même la clef des disparités régionales observées dans cette crise sanitaire. Voici l'entame du dernier paragraphe : "Dans les régions aux surcapacités notoires (notamment Ile de France, Alsace) …". Stupéfiant mais logique ! Les régions qui ont le plus souffert du virus sont celles où les cost killer de la santé ont été particulièrement encouragés à sévir. La politique, les services publics, la vulnérabilité ou la résilience, tout se construit dans le temps long, très longs. C'est d'ailleurs ce que disent les lanceurs d'alerte sur le dérèglement climatique, mais je digresse.

Le Monde, il faut le lire avec soin, est généreux en précisions. Il nous donne le profil des préfets sanitaires qui viennent de différents horizons. Sur les 24 postes, il y a un médecin. Un seul. Et quand même 3 anciens directeurs d'hôpitaux. Les autres viennent de la préfectorale, du ministère de l'industrie, des services administratifs du ministère de la santé, ou du privé. Le préfet nommé en Ile de France dirigeait auparavant un groupe de cliniques privées. Pour l'Alsace, "où l'offre de soin est pléthorique" nous dit le Monde, le gouvernement a choisi un homme à poigne, ancien directeur de cabinet du préfet du Val-de-Marne. 

Bien sûr, tout n'était pas inscrit dès 1996. Il y eut des virages et peut-être des rattrapages. Mais la tonalité était donnée. La suite, je vous l'épargne, vous la connaissez. Jusqu'aux manifestations, cris d'alerte, suppliques des personnels hospitaliers qui ont empli progressivement l'espace public, sans infléchir, ou presque, la politique de santé. 

En 1996, les surcapacités étaient peut-être là, avérées. Je n'en sais rien. Mais assez vite, dès le milieu des années 2000 et la mise en place de la tarification à l'activité, il était visible, à condition d'écouter les professionnels de santé, que les gouvernements faisaient fausse route. 

Voilà ce qui est le plus difficile dans la pensée et, j'extrapole, dans l'art de gouverner : savoir changer d'idée, se détacher d'une idée que l'on a cru bonne et fructueuse pendant une période, comprendre que le mur est devant et qu'il vaudrait mieux tourner.

A trop tirer sur la corde ... Parfois, la sagesse populaire est meilleure conseillère que les managers zélés déguisés en grands serviteurs d'Etat. 

Francis Odier, 4 juin 2020