22 janvier 2012

L'engagement dans une période obscure

Fiche de lecture : De l’engagement dans une époque obscure

Miguel BENASAYAG et Angélique DEL REY. Edition : le passager clandestin - septembre 2011.

A partir d’une réflexion sur « ce qui vraiment change le monde », les auteurs argumentent, tout au long de cet ouvrage très stimulant, leurs convictions sur l’engagement dans la société. Ils proposent une sorte de philosophie de l’action qui prend à contre-pied les mythes révolutionnaires, les théories générales, les politiques globales qui sont vouées à l’échec ou ne peuvent que conduire à l’oppression.

 Deux concepts fétiches fondent la théorie de l’engagement qui nous est proposé ici : la situation, le territoire. L’impératif est de territorialiser les luttes.

 « Nos territoires sont nos surfaces d’affectation (…) La manière dont je suis affecté par le monde est le point de départ de mon agir. La territorialisation est le moyen de récupérer les liens qui nous composent (…) Les individus sont tissés par les situations qu’ils traversent. C’est pourquoi le développement des liens est le commencement de l’engagement ».

En première approche, la thèse ressemble beaucoup à l’idée « agir local », principe d’action qui anime désormais la plupart des militants associatifs et qui est aussi très répandu dans le domaine du management et de la conduite du changement en entreprises.

Mais, et c’est là son originalité, l’analyse de Benasayag & Del Rey conduit à la contestation radicale de l’utilité, voire la pertinence, de « penser global ».

Se fondant sur la théorie de la complexité (« A un moment donné, il devient impossible de séparer les parties d’un système complexe (…) L’individu est impuissant à apporter des solutions (…) car fondamentalement il est lui-même le produit du système auquel il voudrait résister (…) On n’agit pas vraiment, on est agi par l’extérieur »), les auteurs insistent sur le primat de la connaissance. « On est toujours déjà engagé (…) La question qui prélude à l’émancipation est donc « comment participè-je du monde ? ».

 Plutôt que « penser global et agir local », les auteurs nous invitent à penser et agir en situation.  

 Se portant en faux contre le constructivisme, Benasayag & Del Rey considèrent que « ce qui ordonne les situations doit être trouvé et ne peut pas être construit ». D’où cet engagement-recherche qu’ils promeuvent, d’où cet impératif de lucidité : « connaître est agir ».

Pour moi, observateur impénitent des mœurs politiques, élu municipal minoritaire dont l’action publique a été limitée, bon gré mal gré, à l’analyse, la critique et la publication de chroniques et dossiers, ce lien direct qui est fait ici entre la connaissance et l’action est la plus belle des légitimités.

 Belle surprise : je croyais lire l’apologie de l’action concrète, je découvre l’éloge de la recherche. Avec en prime, une invitation à la résistance sous forme de proverbe indien : « il n’y a que les poissons morts qui nagent avec le courant », ce qui me rappelle Gilles Vigneault qui chantait « C’est en remontant la rivière qu’on apprend le sens de l’eau ».

« La lutte n’est pas le résultat de l’espoir (…) l’optimisme naît du fait de se trouver sur la route ».

Ce petit livre sur l’Engagement dans une période obscure est un bijou. C’est la première fois que je lis un tel discours lumineux qui valorise autant l’engagement de proximité, qui mise tout sur les individus reliés (en rupture à la fois avec l’individualisme et avec les communautés ou les classes sociales), tout en théorisant qu’il est superflu de s’intéresser aux résultats (en rupture avec l’idéologie de la performance gestionnaire).

 A dire vrai, ce n’est pas tout à fait la première fois que j’entends un tel discours … car en y réfléchissant bien, au risque de choquer les sophistes ou les encartés étroits de tout poil, je retrouve ici, sur le fond, la pédagogie de l’action, cette bonne vieille B.A. (la bonne action) du scoutisme et quelques principes bibliques de mon éducation protestante.

 Compagnon de route de Che Guevara qu’il cite en entame du prologue (Un révolutionnaire fait la révolution), Benasayag est adepte de Deleuze dont il reprend la notion de jurisprudence (toute lutte qui réussit crée un nouveau possible (…) créant une jurisprudence) et de Spinoza (Plus j’ignore mes chaînes, plus je suis esclave). Pour compléter, je serais curieux de relire les évangiles avec lui, en commençant par les paraboles du bon samaritain et du semeur.

L’engagement au présent et en situation est une réponse concrète à la déprime collective, au sentiment d’impuissance qui nous habite si souvent et nous révolte parfois.

 « Les paroles nous divisent, les actes nous réunissent » [Manifeste des indiens Tupamaros, Uruguay, 1960].

 Voir la La fiche de lecture complète -  Fiche de lecture - engagement ds époque obscure.pdf  

- une application concrète de la théorie de la complexité

- agir localement pour faire jurisprudence

- la question de la focale : à quel niveau agir ?

- penser et agir en situation : mon témoignage - de l'agro à la prévention des risques professionnels

- tous candidats ! Un rapprochement avec la campagne lancée par Pierre Rabhi

- quelle focale choisir : l'exemple des 35 h  - peut-on agir globalement et en situation ?


 

 

14 novembre 2011

Rocard en flagrant délit de manipulation oratoire

Alors que Michel Rocard avait la réputation d’être un politicien de haute volée intellectuelle, voici qu’il nous donne un condensé de discours hautain, simpliste et un brin manipulateur (cf son interview du 13 novembre rapportée par Le Monde.fr).

« Vouloir attenter au nucléaire est une folie" (…) Je souhaite profondément que les Verts comprennent : nous sommes entrés dans le pic pétrolier, dans 7 ou 8 ans, il y aura une diminution frénétique" des ressources pétrolières, a mis en garde M. Rocard. "Le charbon tue beaucoup plus de gens", a-t-il affirmé, ajoutant que "le nucléaire est beaucoup moins dangereux que l'on ne le saurait". "Il nous faut retrouver sur le nucléaire de la sérénité", a fait valoir l'ancien premier ministre.

« Vouloir attenter au nucléaire est une folie » : Le ton est donné. Ceux qui ne pensent pas comme Rocard sont fous. Il s’agit d’un crime. Accordons un mérite à cette entame : elle devrait alerter le lecteur sur l’intention ou l’état d’esprit de Rocard : il va nous donner son sentiment en jouant sur nos sentiments. Mais nous écoutons un homme politique réputé expérimenté et sérieux, et nous lisons ses propos sur un journal réputé « de référence ». Alors, écoutons la suite.

 

Rocard souhaite que « les Verts comprennent » : il ne s’agit donc pas d’un désaccord, mais, selon Rocard, d’un écart entre lui qui sait, qui a compris, et les Verts qui ne savent pas. Quel mépris ! Voilà notre grand homme qui nous fait le coup de la pédagogie : il faut expliquer au peuple (…) et il comprendra. Si on écarte l’interprétation « du mépris », il reste la manipulation : « il faut comprendre que …. » est un procédé oratoire qui consiste à nier qu’il puisse y avoir débat, à nier le point de vue de l’interlocuteur.

 

« Il y aura une diminution frénétique (…) » : pourquoi cet adjectif de frénétique qui contraste avec la neutralité de « dans 7 ou 8 ans » ? En l’état actuel des connaissances, la formule « nous sommes entrés dans le pic pétrolier » est juste (pour préciser l’année exacte, il faudrait se lancer dans une analyse fine des statistiques),  mais je ne vois pas sur quoi se fonde ce mot de frénétique. Il s’agit donc là d’un adjectif dont la finalité est de provoquer une émotion, en alertant sur l’urgence, la dimension dramatique de la diminution à venir des ressources pétrolières.

 

« Le charbon tue beaucoup plus de gens » : argument ressassé, c’est une affirmation sans doute exacte au vu des victimes directes et connues. On pourrait débattre en intégrant les victimes à long terme des accidents nucléaires ou chez les sous-traitants mal protégés. Mais le problème n’est pas là et je présume que Rocard le sait bien. Les opposants au nucléaire ne contestent pas les victimes nombreuses provoquées par l’utilisation du charbon (accidents dans les mines + pollution de l’air). Mais ils placent la réflexion sur d’autres plans que Rocard ignore superbement, par exemple : les risques en cas de catastrophe majeure, les risques liés à la dissémination, les risques sur le long terme suite aux difficultés à gérer les déchets nucléaires.

 

« Le nucléaire est beaucoup moins dangereux … » : affirmation gratuite. Déjà, il aurait fallu préciser dans quelles circonstances se situe ce propos : en France avec nos procédures de sécurité ? ou bien dans un pays en proie à une guerre civile et à une déliquescence complète de son système économique et social ? Le propos de Rocard est faux si on utilise rigoureusement le mot « danger » qui signifie « dommage potentiel ». Rocard confond le danger et le risque, or la distinction entre ces deux notions est fondamentale dans toute démarche de prévention.

 

« Il nous faut retrouver de la sérénité » : le propos est ambigu. Si Rocard sous-entend qu’il n’y a pas de sérénité dans le débat, il fait un mauvais procès à ses interlocuteurs anti-nucléaires qui ont, en fait, muri leur réflexion depuis des années. Si Rocard veut dire qu’il faut être serein vis-à-vis de l’énergie nucléaire, le propos est protecteur, un brin moraliste, en signifiant « soyez tranquille ».

 

En conclusion, j’entends Rocard nous dire « dormez en paix braves gens », mais, là, je réagis avec émotion car je ne reste pas serein vis-à-vis des responsables politiques qui abusent de leur autorité avec des discours qui manquent de rigueur intellectuelle.

 

Francis Odier, 14 novembre 2011

09 juin 2011

3 h 30 de crolleries

En clôture de mon mandat d’élu local, je suis heureux d’avoir participé à ce conseil du 27 mai 2011. Avec un ordre du jour particulièrement dense, ce fut une anthologie du fonctionnement de notre assemblée, en s’approchant du meilleur qui pourrait réconcilier la politique et les citoyens, sans frôler le pire qui justifierait vraiment de s’indigner, mais avec quelques exemples de cette démocratie gâchée qui anesthésie et pollue la vie publique.

 

Le conseil était presque au complet, signe d’un grand jour. Même Olivier avait fait le déplacement.

 

L’ambiance était plutôt détendue. Chacun échangea quelques nouvelles avec ses voisins. Nous eûmes le bon mot du maire sur le mur de Bernin qui venait de tomber. Certains s’affairaient sur leur BlackBerry, leur iPod, leur iPhone ou d’autres joujoux modernes qui permettent de s’évader d’un lieu où l’on regrette de s’être rendu sans avoir osé ne pas s’y rendre.

 

Trois délibérations rectificatives, un pourvoi en cassation sur l’affaire du Château, une transaction pour clore un litige avec un fournisseur … l’ombre du contentieux et du contrôle juridique planait dans l’assemblée. C’est peut-être ce climat qui conduisit le maire à affirmer qu’il fallait se soustraire à la loi, comme s’il voulait par ce lapsus inédit nous faire partager sa douleur à se soumettre !

 

Le récit de ce conseil - 5 pages : Récit - 3 h 30 de crolleries.pdf

 

Le sommaire du récit :

- Deux opérations bien contrastées de réhabilitation thermique

- Vite, une salle festive !

- Et l’adjointe parla …

- Le cheminement piéton cycle dans le parc du château se fait attendre

- Un dérapage très contrôlé

- L’eau, bien essentiel

- Pas besoin de 6ème république

 

 

11 mai 2011

Ethique de la transparence

« L’année 2011 doit être celle de l’éthique » nous propose le médiateur de la république.

 

Nous avons besoin de transparence sur l’éthique. Alors, voici mon éthique de la transparence, les principes dont je m’inspire et que je voudrais voir appliquer en politique.

 

1) Sincérité dans l’expression publique des intentions. Un exécutif devrait afficher ses projets dès qu’ils sont clairement conçus et qu’ils sont engagés (ce qui ne veut pas dire qu’ils vont aboutir). Par exemple, une municipalité devrait afficher ses projets en matière d’urbanisme (les contacts avancés avec la grande distribution ou avec un promoteur). Un élu devrait afficher ses intentions personnelles quand elles sont claires dans sa tête : ce qu’il veut faire de son mandat, s’il envisage ou non de faire une carrière etc. Pour la présidentielle, je préfère Hollande, Royal, Montebourg et de Villepin qui jouent mieux le jeu de la transparence précoce que DSK et Sarko qui font semblant de ne pas savoir s’ils ont envie d’être candidat. Ce principe de sincérité suppose que la société dans son ensemble devienne tolérante, voire bienveillante, vis-à-vis des changements de cap et des échecs : en gros, je te demande d’être sincère sur ton intention ici et maintenant, et j’accepterais sans sourciller que tu changes d’avis. Dit autrement, si nous voulons la sincérité, nous devons accepter la réalité, à savoir les échecs et les volte-face  

 

Equilibre entre la sincérité sur ses opinions et l’auto-censure par discipline collective. Je ne suis pas assez naïf pour espérer que chaque élu parle aussi librement que je peux le faire ! Je comprends bien qu’un exécutif ou même une majorité ne peut fonctionner que s’il existe une certaine cohésion en son sein. Mais tout est affaire d’équilibre. Les assemblées de godillots et l’omerta tuent la démocratie.

 

2) Effort permanent pour distinguer les faits et les opinions. Refus de la langue de  bois et des discours manipulateurs. Equilibre entre les grandes idées théoriques, les grandes envolées lyriques fumeuses et les idées concrètes appuyées sur la réalité. La responsabilité de ceux qui ont le pouvoir est de produire des discours honnêtes. Cf le « petit cours d’autodéfense intellectuelle » de Baillargeon. Les discours creux, faux et / ou manipulateurs sont une source majeure de perte de confiance des citoyens dans leurs élus.

 

3) Obligation de signature = refus de l’anonymat, refus de la pratique des ballons d’essai, des fuites contrôlées.

 

4) Transparence complète et fluide (publication rapide sur des sites publics) de tout ce qui est rapport d’étude, appel d’offres, avis sur un dossier, document présenté en commission, courrier officiel entre deux institutions etc.

 

5) Transparence rigoureuse sur les indicateurs qui objectivent la vie de la collectivité - via des organismes indépendants chargés de collecter et publier  toute donnée factuelle concernant la collectivité : les comptes, les agressions et incivilités,  la fréquentation des établissements publics, transports publics, le trafic routier, la qualité de l’eau, la qualité de l’air, … Si déjà, les collectivités publiaient rapidement ce qui existe, on franchirait un bon pas. Ensuite, sans dépenser grand-chose, les collectivités pourraient financer des structures associatives chargées de ce travail via des contributions citoyennes bénévoles.

 

6) Pluralisme des expertises : pour les sujets complexes où il est illusoire de chercher une vérité unique et objective, la transparence suppose des dispositifs de controverses. Cf l’exemple du nucléaire. Cf aussi les questions d’urbanisme et d’aménagement local.

 

7) Respect de la confidentialité (non transparence) des conversations privées, des propos tenus lors des réunions non publiques, de la correspondance privée, de la correspondance officielle au sein d’une ligne hiérarchique ou au sein d’une même institution, des rapports provisoires et documents de travail échangés entre un prestataire et son donneur d’ordre. Toute instance peut légitimement se réunir à huis clos. Je ne suis pas favorable à une transparence à la mode Wikileaks. Cependant, la correspondance privée peut être publiée après … un certain temps (quand le canon est refroidi, par exemple, à des fins historiques ou avec l’accord des intéressés).

 

Si ces principes avaient été respectés, la Rocade Nord aurait disparu beaucoup plus vite de la circulation, Montbonnot serait déjà dans la Métro (l’agglomération grenobloise), nous n’aurions pas eu la baisse de la TVA sur la restauration, le bouclier fiscal n’aurait pas dépassé l’imagination de quelques personnes fortunées, Ben Ali aurait quitté le pouvoir il y a déjà de longues années, etc etc.

 

Francis Odier, 11 mai 2011

La transparence fumée crolloise

On le sait à propos du nucléaire, des risques technologiques ou de l’économie, la transparence est une exigence de démocratie et d’efficacité. La crise des subprimes est pour une large part la conséquence directe de l’opacité des marchés financiers. La crise grecque a été d’autant plus grave que les comptes de l’Etat Grec n’étaient pas sincères. Ce que l’on nomme « les affaires » politico-financières, les conflits d’intérêts, ne sont rien d’autres que des dérives qui prospèrent à l’abri des regards et qui n’auraient jamais vu le jour dans un régime de transparence.

 

On pourrait multiplier les exemples. Retenons que la fluidité, la justesse et la sincérité de l’information sont des conditions vitales pour toute ambition démocratique.

 

En matière de transparence, la situation crolloise n’est guère satisfaisante comme le montrent les exemples ci-dessous. Le maire, en habile manœuvrier, avec le soutien sans faille de sa majorité, ne franchit pas la ligne rouge qui pourrait le mettre en danger. Il est plutôt borderline : donner le moins d’information possible, le plus tard possible, tout en s’affichant légaliste et de bonne volonté. C’est la forme qui masque le fond.

 

Je commence par un sujet d’actualité : l’obstruction vis-à-vis du droit d’expression des conseillers de l’opposition. Refus de l’expression politique de l’opposition sur le site web de la commune. Refus de publier ma chronique de mai dernier. Refus de donner la parole aux minorités à l’occasion des Etats Généraux de Crolles … La majorité crolloise apprécie peu le pluralisme, elle préfère l’entre soi.

 

Le budget 2011 a été voté en mars sans que les conseillers ne disposent des comptes réalisés 2010. L’information comptable sera publiée plus tard (fin juin), trop tard. Un directeur financier qui demanderait ainsi à son conseil d’administration ou à son comité d’entreprise d’approuver le budget de l’année n + 1 sans donner le réalisé provisoire de l’année n serait immédiatement limogé. Mais nous sommes à Crolles et la majorité vote le budget sans demander les comptes réalisés.

 

Via le vote du budget 2011, la majorité vient brusquement de décider le déménagement de la déchetterie pour 3 M€. Pour quoi faire ? Pour installer une nouvelle enseigne commerciale ? Laquelle ? Quelle urgence commande cette décision inopinée, jamais évoquée durant les discussions sur le PLU ? Voilà un manque criant de transparence sur les intentions et sur le processus de décision.

 

Concernant les finances, la commune devrait publier le détail de ses comptes sur le site web de la ville. Il ne s’agit pas de communiquer avec des graphiques soigneusement calibrés, mais de fournir des données sources, sur un format standard, de manière à permettre à chaque citoyen de s’approprier les chiffres et de produire ses propres analyses. Cf ma chronique sur la main à la pâte.

 

J'apprend incidemment que la municipalité remet le tracé de la déviation en étude. Pourquoi ? Avec quels objectifs ? Quelles contraintes ? La transparence, ce n’est pas distiller au compte goutte des informations choisies, ce devrait être la mise à disposition des élus et de la population des éléments disponibles pour apprécier la situation, faire des propositions et se préparer à donner un avis sur le projet de la municipalité.

 

Intéressons nous aux Transports du Grésivaudan. La transparence sur la fréquentation du réseau (avec des informations détaillées et fournies régulièrement) permettrait de répondre aux interrogations suscitées par la vue de bus vides et contribuerait à nourrir le débat sur les ajustements nécessaires de l’offre de transport.

 

Sur le quartier durable, en réunion publique, on nous annonce que la concertation démarre tout juste et qu’il faut en fixer ensemble les modalités. Dans le même temps, la commune lance un appel d’offres pour la maîtrise d’œuvre des voies et des réseaux, des priorités et un planning ont été établis, une enveloppe financière a été estimée, la répartition par type d’habitat est faite … Cahier des charges - pour maitrise d'oeuvre voirie et réseaux quartier durable.pdf

Le Plan Local d’Urbanisme est, avec le budget, une décision locale majeure, structurante pour l’avenir à moyen et long terme de la commune. Le PLU de Crolles a fait l’objet de réunions publiques, d’une exposition dans une salle communale et de plusieurs commissions cadre de vie. Très bien … sauf que le règlement d’urbanisme lui-même, qui est le cœur du sujet, la partie concrète, n’a été communiqué aux conseillers qu’une semaine avant la réunion du conseil municipal où il a été approuvé. Donc le règlement n’a pas été discuté. Il a été remis le plus tard possible, ce qui est la meilleure manière de limiter les analyses critiques.

 

Dans le cadre de l’enquête publique sur le PLU, le préfet et le commissaire enquêteur émettent des avis critiques qui pointent des faiblesses du dossier. Je demande la mise en ligne de ces avis, ainsi que l’avis de Trait d’Union, sur le site de la commune. Refus.

 

Nous avons là toute l’ambigüité de la transparence fumée. Formellement, l’information est disponible en mairie. Mais si, confiant dans vos élus majoritaires, vous vous contentez de lire et d’entendre la communication municipale, vous n’avez qu’une vision tronquée du dossier. Vous pouvez croire que vos conseillers d’opposition sont des marginaux enquiquineurs par principe … alors que, sur bien des sujets, ils sont en phase avec le préfet et le commissaire enquêteur !

 

La digue du Fragnès. Pendant plus de deux ans, je demande à consulter les études de positionnement de cet ouvrage pare-blocs qui fait débat car tout montre qu’il a été conçu en vue de la poursuite de l’urbanisation, et non dans le seul but de protéger les habitations, ce qui est pourtant l’objectif affiché. Après moult péripéties qui sont trop longues à raconter ici, le directeur des services techniques convient enfin, en commission Cadre de Vie, qu’il n’y a pas eu d’étude formelle, mais, à l’époque, une appréciation sur le terrain, sans compte-rendu écrit. Aujourd’hui, deux mois après la réunion, le compte-rendu de la commission n’est pas diffusé. Je ne sais pas si le propos du directeur technique, qui serait la première confirmation de source officielle que le positionnement n’a pas été étudié sérieusement, sera publié.

 

Enfin, pour conclure sur un thème qui sort de la pure responsabilité communale mais dont la municipalité pourrait cependant se saisir, le débat sur l’agriculture (nos agriculteurs sont-ils raisonnables dans l’utilisation des pesticides ?) progresserait considérablement s’il y avait transparence sur les produits phytosanitaires utilisés et sur les quantités consommées.

 

Francis Odier, 11 mai 2011

16 novembre 2010

Liberté / diversité

Ensemble pour Crolles, nous sommes trois élus. Suite à la fameuse chronique sur le Patrimoine qui fout le camp, et à quelques autres interventions qui ont déplu, mes colistières ne veulent plus cautionner ce que j'écris. Nous nous mettons d'accord pour l'annoncer, un peu comme dans un avis de divorce, et de faire une ultime chronique signée ensemble. Je prépare deux propositions.

 

 En toute simplicité

 

Vous l’avez constaté depuis quelques mois : les chroniques d’expression politique de Ensemble pour Crolles ne sont pas toutes signées par les trois élus de cette liste.

 

Pourquoi ? Tout simplement car nous ne sommes pas d’accord entre nous sur un certain nombre de sujets d’importance tels que le budget, le PLU, les modalités d’expression politique.

 

Pourquoi Francis Odier est-il toujours signataire ? Tout simplement car jusqu’à présent c’est lui qui écrit les chroniques.

 

Sommes-nous dans l’opposition ou dans la majorité ? La question ne se pose pas ainsi. Nous avons voté Pour l’immense majorité des délibérations. Francis Odier a voté Contre le budget, le PLU, un bon nombre de subventions aux sportifs de haut niveau et quelques autres textes.

 

A quoi servons-nous ? Question difficile ! Merci de l’avoir posée … Se demander à quoi sert un élu minoritaire, c’est comme se demander à quoi sert la démocratie.

 

Que va-t-il se passer pour la suite ? Bien malin celui qui le sait ! Mais chacun de nous va continuer à assumer son mandat d’élu selon ses convictions, à sa manière, dans le respect de ce qu’il pense être l’intérêt général.

 

 

Sincérité et pluralisme

C'est ce texte qui est publié dans le Journal Municipal.

 

Début 2008, inscrits sur la liste Ensemble pour Crolles, nous avons fait campagne avec quelques idées conductrices – cf les documents diffusés de janvier à mars 2008 dont nous reprenons ici quelques extraits :

-        Un urbanisme maîtrisé : préserver le cadre de vie, favoriser le développement harmonieux de la ville (…)

-        Crolles, éco-ville : encourager les transports en commun, favoriser la mobilité douce, préserver la plaine et ses espaces verts dans leur vocation (…)

-        Une démocratie active. (…) A Crolles, la démocratie a été endormie. Avec la municipalité sortante, nous avons surtout l’apparence de la concertation. La communication est abondante, mais pauvre en informations et pas toujours sincère.

-        Un projet sur mesure pour Crolles (…) La démocratie municipale, ce n’est pas un camp contre un autre camp, c’est reconnaître que tous les talents sont nécessaires pour mener à bien les projets (…) le pluralisme, c’est ce que nous proposons pour Crolles.

 

Depuis bientôt trois ans, réunion après réunion, dossier après dossier, nous avons eu l’occasion d’ajuster notre vision de la vie locale et de traduire ces idées de campagne en propositions et prises de positions.

 

Appréciant la situation au cas par cas, nous votons, ensemble et avec la majorité municipale, ‘Pour’ environ 95 % des délibérations proposées.

 

En revanche, sur un certain nombre de sujets importants, nous constatons des désaccords entre nous, désaccords que nous ne craignons pas d’afficher, privilégiant toujours la liberté d’expression et la sincérité à la discipline de groupe.

 

Par exemple, Francis Odier a voté ‘Contre’ le budget 2010, le PLU, les acquisitions foncières pour la digue du Fragnès et la plupart des subventions en faveur de sportifs de haut niveau. Par ailleurs, nous faisons le constat de différences de point de vue entre nous sur la place à donner à l’expression politique et sur ses modalités.

 

C’est pourquoi nous ne signons pas toujours tous les trois la présente chronique. Il en sera de même à l’avenir.

 

La démocratie représentative vit quand les élus défendent leurs convictions. Nous restons à votre écoute.

 

Corinne Durand, Françoise Dragani et Francis Odier

15 août 2010

Avis sur le Schéma National des Infrastructures de Transport - SNIT

Le rapport SNIT :  http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_... 

Le gouvernement nous propose un catalogue d'actions et de projets en emballant le tout sous le label vendeur "Grenelle de l'environnemen" .... mais une lecture attentive du rapport montre que les impasses méthodologiques sont telles que l'on ne peut pas avoir confiance dans l'efficacité, le "bon choix", des investissements proposés.

Le SNIT en quelques mots

Le « schéma national des infrastructures de transport fixe les orientations de l’État en matière d’entretien, de modernisation et de développement des réseaux relevant de sa compétence. (…) Il vise à favoriser les conditions de report vers les modes de transport les plus respectueux de l’environnement » (loi de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement).

 

Le SNIT supporte une stratégie organisée autour de 4 axes :

  • Optimiser le système de transport existant pour limiter la création de nouvelles infrastructures
  • Améliorer les performances du système de transport dans la desserte des territoires
  • Améliorer les performances énergétiques du système de transport
  • Réduire l’empreinte environnementale des infrastructures et équipements de transport

 

En application du Grenelle de l’environnement, le projet de schéma national des infrastructures de transport (SNIT) constitue ainsi un changement drastique de stratégie, une rupture majeure en ce qu’il privilégie résolument le développement des modes de transport alternatifs à la route : le ferroviaire, les transports en commun en site propre, le fluvial, le maritime.

 

Le SNIT inclut un plan d’actions destinées à mettre en œuvre de manière concrète ces orientations. Le schéma identifie aussi, sur la base d’une analyse multicritère, les grands projets d’infrastructures dont la réalisation apparaît souhaitable à l’horizon 20-30 ans, et dont les études doivent ainsi être poursuivies.

 

Le SNIT ne répond pas à la question qui devrait être centrale de l’optimisation des ressources consacrées par les collectivités publiques aux infrastructures de transport

Dans leur formulation qualitative, les grands objectifs et la stratégie qui sont proposés sont tout à fait intéressants … et sont aussi d’une banalité affligeante. OK, donc, pour « optimiser le système de transport existant », « améliorer les performances », « réduire l’empreinte environnementale » etc. Qui serait contre ces objectifs ? Imagine-t-on un fonctionnaire proposant de désoptimiser le système de transport existant ou d’accentuer l’empreinte environnementale de nos infrastructures ?

La question qui se pose vraiment, que le SNIT devrait traiter une fois la stratégie fixée, est en fait la suivante : si sur la période 2010 – 2020, l’État dispose de x Md d’euros pour les infrastructures de transports, quel est le meilleur usage de cette somme pour contribuer à la stratégie en 4 axes ? 

Bien sûr, on ne peut pas répondre à cette question de manière unique, certaine et consensuelle. Mais cette question serait extrêmement productive pour structurer la réflexion et la concertation sur les priorités et les choix d’action et de projet à faire dans le cadre du SNIT.

L’état est dans une situation similaire à celle d’un conseil d’administration ou d’un comité exécutif qui veut optimiser son portefeuille de projets d’investissement. Une méthode possible consiste à :

  • pondérer les différents axes : définir quelle part des ressources disponibles on veut allouer à chaque axe ;
  • évaluer chaque projet ou action candidate en fonction de sa contribution aux différents axes.

Le SNIT propose une grille d’évaluation multi-critères des projets. C’est en fait une vision segmentée où les projets sont étudiés un à un. Le SNIT fait une double impasse : d’abord, il ne dit rien sur ce qui était envisageable et qui n’a pas été retenu ; ensuite, il ne dit en rien comment seront fait les choix, année après année, si les ressources sont plus limitées que ce qui est prévu et / ou si les coûts sont supérieurs à ce qui a été envisagé initialement.

La réalité est que les projets sont en compétition car les ressources disponibles sont finies et insuffisantes pour tous les projets candidats. Mieux vaudrait officialiser cette compétition, par exemple avec un dispositif inspiré des appels d’offres, appels à projets que l’on trouve dans d’autres domaines, notamment au niveau européen et dans le monde de la recherche. L’intérêt de l’appel d’offres est double :

-          c’est une démarche de choix plus transparente où on sait qui a été retenu, pourquoi, et qui n’a pas été retenu et pourquoi ;

-          il incite à comparer les offres entre elles.

Plutôt qu’une analyse multi-critères, mieux vaudrait (pour une meilleure optimisation et pour une grande transparence démocratique des choix) comparer les projets entre eux.

Plutôt que d’esquiver les arbitrages qui ont été faits et de garder secrets les dosages subtils (entre régions, entre opérateurs, entre lobbies …) qui ont présidé à l’élaboration du SNIT, mieux vaudrait concevoir le SNIT à partir de méthodes explicites d’optimisation  : appel d’offres, analyse comparative, études coûts / bénéfices, approche système globale sur les infrastructures de transport.

L’évaluation a priori du SNIT (pages 45 à 56) indique que « la stratégie et les actions proposées dans le cadre du schéma sont efficaces vis à vis de l’atteinte des objectifs poursuivis », ce qui est bien le moins que l’on pouvait attendre ! Imaginait-on l’inverse ?!

 

Cet exercice d’évaluation, global et sans données démonstratives, est fort peu convaincant. Il ne compense pas les lacunes méthodologiques du SNIT.

 

Francis Odier, 15 aout 2010

 

28 février 2010

Qualité des débats - conseil municipal du 12 février 2010

La qualité des processus de délibération détermine la qualité des décisions. Qu'en est-il à Crolles ? 

 

Voici l’analyse de quelques morceaux choisis, mais néanmoins représentatifs, des débats du conseil municipal du 12 février 2010.

 

Je me situe sur le plan de la qualité des prises de paroles et, surtout, des échanges. Le but est d’analyser les propos, de voir en quoi il y a eu - ou non - dialogue, débat, délibération, construction …. Cette analyse permet de  repérer quelques bonnes règles dont l’application contribue à la qualité des séances.

 

Je repère  aussi  des dysfonctionnements (écarts et erreurs) et / ou procédés manipulatoires (fautes déontologiques) qui devraient être proscrits dans une instance qui se revendique démocratique.

 

Il est possible que mon statut de minoritaire me rende plus sensible aux dérives et anomalies qu’aux interventions correctes et exemplaires. Pour me préserver autant que possible de cette inclination naturelle à la critique négative, je commence par les meilleurs moments de ce conseil municipal.

 

Il n’y a pas de règle universelle, donc ce serait un raccourci hasardeux et simpliste de croire que tel procédé utilisé avec bonheur dans une circonstance particulière constitue une « bonne règle » à généraliser. De même, pour les réponses à côté ou manipulatoires : en cherchant bien, peut-être trouvera-t-on des circonstances où tel type de propos est bienvenu. A voir. En attendant, je pense qu’il est utile de s’entraîner à la déconstruction lucide de ces paroles politiques qui occupent une grande place dans la société.

 

Les « citations» sont  pour partie issues de mes notes en séance et pour partie de mémoire (le lendemain). J’ai parfois reformulé dans un but de concision, mais je pense être fidèle aux propos tenus.

Lire : CM du 12 février 2010 - aperçu sur la qualité des débats.pdf

 

28 février 2010

 

A suivre – dans un prochain billet à parution non planifiée : mais qu’est ce donc que « délibérer » ?

27 février 2010

L'art de délibérer - introduction

Dans cette rubrique, je vais essayer de rendre compte des échanges qui se tiennent au conseil municipal - et dans d'autres lieux - avec l'objectif d'illustrer et d'analyser ce qui se joue dans une instance qui "délibère". Les premiers billets seront sur le registre de la communication : les procédés oratoires utilisés, les bonnes pratiques et les dérives manipulatoires. Ensuite ... je verrai bien où ce travail mènera.

 

Le registre de la déontologie de la communication a déjà été abondamment labouré. Je ne pars pas les mains vides. Je vous recommande en particulier deux ouvrages excellents qui stimulent l'esprit critique :

 

- Le "petit cours d'auto-défense intellectuelle", un vrai best seller, un succès amplement mérité, par Normand Baillargeon. On y trouvera un large survol des outils fondamentaux que doit maîtriser tout penseur critique : le langage, la logique, la rhétorique, les nombres, les probabilités, la statistique, etc. " Si nous avions un vrai système d'éducation, on y donnerait des cours d'autodéfense intellectuelle. "
Noam Chomsky.

 

- "La parole manipulée", de Philippe Breton, Editions La Découverte, 1997 - 2000. Très complet, plus technique et moins militant que le Baillargeon. Extraits de la conclusion : "N'est-ce pas dans l'apprentissage de l'échange de la parole que nous apprenons à être citoyen ? (...) Entre une parole illusoirement rationnelle et une parole marquée au coin du laisser-faire le plus absolu, c'est tout un univers de responsabilité qui s'ouvre, dont la règle est le respect de l'autre".

 

Je cherche un terme pour décrire l'art de la délibération : échanger et débattre pour valider des choix, mais aussi construire des diagnostics partagés, identifier les consensus, les désaccords et les incertitudes, décider des actions cohérentes avec les objectifs ...

 

En privilégiant l'argumentation, il me semble que la "réthorique" ne couvre qu'une partie du sujet.

 

J'étais tenté par la débatologie, mais ce néologisme n'est pas assez sérieux ! Et ne met pas assez l'accent sur l'idée qu'il s'agit de raisonner en groupe, à haute voix et par écrit. Si vous avez des idées, je suis preneur.

 

francis.odier@orange.fr - 27 février 2010