01 février 2012

Les chiens de garde - France Inter 1er février 2012

Les chiens de garde, il faut les débusquer.

Voici un exemple de médiocrité journalistique, aujourd'hui même, sur France Inter, radio du service public. Mélenchon est l'invité de Patrick Cohen. J'écoute de 8 h 20 à 8 h 30.

Sur ces 10 précieuses minutes, le journaliste trouve le temps pour parler de deux sujets minuscules, sur lesquels tout le monde connait parfaitement la position de Mélenchon, deux questions qui ont pour seul but de polémiquer, d'amuser au lieu de réfléchir, de rabaisser le débat, de discréditer l'interlocuteur. A propos de Marine Le Pen : est ce que cela vous ennuie qu'elle n'obtienne pas ses 500 signatures ? A propos de Serge Dassault : c'est vrai que vous le trouvez sympathique ?

Comment s'étonner, dans ces conditions, que le conservatisme l'emporte ?

Francis Odier, 1er février 2012

A lire : critique enthousiaste du film Les nouveaux chiens de garde :

http://www.lecrollois.fr/archive/2012/01/08/les-nouveaux-chiens-de-garde.html

 

 

27 janvier 2012

Adieu Bayrou, je t'aimais bien

En aout 2010, je pronostiquai la victoire électorale de Martine Aubry.

http://www.edgarie.fr/archive/2010/08/27/martine-dans-un-fauteuil.html

J’avais bien anticipé la chute irrémédiable de Sarkozy, l’effondrement de la bulle DSK, l’abandon de l’UMP par Rama Yade  … J’avais pressenti que Wauquiez et Baroin n’iraient pas très loin … mais je n’avais pas vu venir François Hollande.

Au lendemain de la présentation des 60 engagements, nous y sommes. L’élection présidentielle est jouée. Les médias ont choisi leur candidat. La presse du jour est éloquente. Libération titre « De gauche », ce qui est une manière de faire allégeance au candidat dont nul ne conteste désormais la légitimité. Les Echos ne trouvent pas grand-chose à redire au programme économique. L’envoyé spécial de France Inter à Davos nous explique que les congressistes ne sont pas inquiets. En dehors de l’hexagone, personne n’a pris très au sérieux les diatribes contre la finance, ennemi déclaré de François II. Au contraire, les talents oratoires du candidat socialiste rassurent : le voilà enfin en capacité d’être élu, ce qui éloigne d’autant le risque de se retrouver avec un dangereux extrémiste tel que Mélenchon.

 Que penser de ce futur président ? « La gauche après la droite au Parlement ? Saine alternance ? Un peu plus de logements sociaux, un pour cent de chômage en moins ? Allons-donc ! Un changement de civilisation, voulez-vous dire. Le ridicule tue, mais la grandiloquence paye. En rajouter, majorer l’enjeu : voilà un vice toujours récompensé ». [Régis Debray, Du bon usage des catastrophes, mai 2011].

Allons, point de défaitisme, assez de sarcasmes ! Mieux vaut cette alternance là que la poursuite de la descente aux enfers. Et tant pis si les changements annoncés semblent dérisoires au regard des enjeux (camarades socialistes, est ce que le doublement du plafond du Livret A vous fait rêver d’un monde plus humain, plus écologique ?) 

Les sujets emblématiques que sont Flamanville et Notre Dame des Landes suffisent à prouver, s’il en était besoin, que c’est un vrai conservateur qui se prépare à diriger le pays. Bourgeois, bobos et rentiers, nous voilà rassurés !

 Faut-il chanter dès maintenant Adieu Bayrou, je t’aimais bien, c’est dur de mourir au printemps, tu sais ? C’est l’autre François qui a gagné. Inutile d’inventer de vaines discordes ou de fausses disputes sur des orientations qui ne sont pas si éloignées. Mieux vaudrait une ultime audace, un discours aussi simple que juste et sincère : « Nous sommes tous les deux sociaux démocrates. J’étais volontaire et je pensais être le meilleur, mais force est de constater que François Hollande parvient mieux que moi à rassembler, à fédérer les énergies, de Hulot à Mélenchon, autour d’ambitions mesurées mais utiles. Alors, bonne chance à lui ! Quant à moi, je reste toujours prêt ».

 Un tel discours provoquerait d’abord un moment de stupeur. Très vite, ce serait la curie. Les chiens de garde crierait haro sur le battu : il a perdu, il fuit, il est misérable. Les anciens strauss-kahniens joueraient les indignés: nous n'avions rien de commun ! nous sommes la Gauche !

Puis, petit à petit, le doux murmure des citoyens honnêtes et engagés dans une époque obscure se ferait entendre. Formidable ! Enfin ! Un renoncement constructif. C’est le premier capable de ne pas s’entêter, s’accrocher, s’obnubiler sur le pouvoir. Il ouvre la voie. Une autre approche de la politique. Une invitation à voir derrière les étiquettes. Le triomphe des idées passe parfois par la mort du porte-drapeau.

 

Francis Odier   -   27 janvier 2012

 

22 janvier 2012

L'engagement dans une période obscure

Fiche de lecture : De l’engagement dans une époque obscure

Miguel BENASAYAG et Angélique DEL REY. Edition : le passager clandestin - septembre 2011.

A partir d’une réflexion sur « ce qui vraiment change le monde », les auteurs argumentent, tout au long de cet ouvrage très stimulant, leurs convictions sur l’engagement dans la société. Ils proposent une sorte de philosophie de l’action qui prend à contre-pied les mythes révolutionnaires, les théories générales, les politiques globales qui sont vouées à l’échec ou ne peuvent que conduire à l’oppression.

 Deux concepts fétiches fondent la théorie de l’engagement qui nous est proposé ici : la situation, le territoire. L’impératif est de territorialiser les luttes.

 « Nos territoires sont nos surfaces d’affectation (…) La manière dont je suis affecté par le monde est le point de départ de mon agir. La territorialisation est le moyen de récupérer les liens qui nous composent (…) Les individus sont tissés par les situations qu’ils traversent. C’est pourquoi le développement des liens est le commencement de l’engagement ».

En première approche, la thèse ressemble beaucoup à l’idée « agir local », principe d’action qui anime désormais la plupart des militants associatifs et qui est aussi très répandu dans le domaine du management et de la conduite du changement en entreprises.

Mais, et c’est là son originalité, l’analyse de Benasayag & Del Rey conduit à la contestation radicale de l’utilité, voire la pertinence, de « penser global ».

Se fondant sur la théorie de la complexité (« A un moment donné, il devient impossible de séparer les parties d’un système complexe (…) L’individu est impuissant à apporter des solutions (…) car fondamentalement il est lui-même le produit du système auquel il voudrait résister (…) On n’agit pas vraiment, on est agi par l’extérieur »), les auteurs insistent sur le primat de la connaissance. « On est toujours déjà engagé (…) La question qui prélude à l’émancipation est donc « comment participè-je du monde ? ».

 Plutôt que « penser global et agir local », les auteurs nous invitent à penser et agir en situation.  

 Se portant en faux contre le constructivisme, Benasayag & Del Rey considèrent que « ce qui ordonne les situations doit être trouvé et ne peut pas être construit ». D’où cet engagement-recherche qu’ils promeuvent, d’où cet impératif de lucidité : « connaître est agir ».

Pour moi, observateur impénitent des mœurs politiques, élu municipal minoritaire dont l’action publique a été limitée, bon gré mal gré, à l’analyse, la critique et la publication de chroniques et dossiers, ce lien direct qui est fait ici entre la connaissance et l’action est la plus belle des légitimités.

 Belle surprise : je croyais lire l’apologie de l’action concrète, je découvre l’éloge de la recherche. Avec en prime, une invitation à la résistance sous forme de proverbe indien : « il n’y a que les poissons morts qui nagent avec le courant », ce qui me rappelle Gilles Vigneault qui chantait « C’est en remontant la rivière qu’on apprend le sens de l’eau ».

« La lutte n’est pas le résultat de l’espoir (…) l’optimisme naît du fait de se trouver sur la route ».

Ce petit livre sur l’Engagement dans une période obscure est un bijou. C’est la première fois que je lis un tel discours lumineux qui valorise autant l’engagement de proximité, qui mise tout sur les individus reliés (en rupture à la fois avec l’individualisme et avec les communautés ou les classes sociales), tout en théorisant qu’il est superflu de s’intéresser aux résultats (en rupture avec l’idéologie de la performance gestionnaire).

 A dire vrai, ce n’est pas tout à fait la première fois que j’entends un tel discours … car en y réfléchissant bien, au risque de choquer les sophistes ou les encartés étroits de tout poil, je retrouve ici, sur le fond, la pédagogie de l’action, cette bonne vieille B.A. (la bonne action) du scoutisme et quelques principes bibliques de mon éducation protestante.

 Compagnon de route de Che Guevara qu’il cite en entame du prologue (Un révolutionnaire fait la révolution), Benasayag est adepte de Deleuze dont il reprend la notion de jurisprudence (toute lutte qui réussit crée un nouveau possible (…) créant une jurisprudence) et de Spinoza (Plus j’ignore mes chaînes, plus je suis esclave). Pour compléter, je serais curieux de relire les évangiles avec lui, en commençant par les paraboles du bon samaritain et du semeur.

L’engagement au présent et en situation est une réponse concrète à la déprime collective, au sentiment d’impuissance qui nous habite si souvent et nous révolte parfois.

 « Les paroles nous divisent, les actes nous réunissent » [Manifeste des indiens Tupamaros, Uruguay, 1960].

 Voir la La fiche de lecture complète -  Fiche de lecture - engagement ds époque obscure.pdf  

- une application concrète de la théorie de la complexité

- agir localement pour faire jurisprudence

- la question de la focale : à quel niveau agir ?

- penser et agir en situation : mon témoignage - de l'agro à la prévention des risques professionnels

- tous candidats ! Un rapprochement avec la campagne lancée par Pierre Rabhi

- quelle focale choisir : l'exemple des 35 h  - peut-on agir globalement et en situation ?


 

 

09 octobre 2011

Notre manifeste pour les primaires

Notre manifeste pour les primaires – octobre 2011 - diffusé par mail les 6 et 7 octobre 2011.

La société ne tourne pas rond, la démocratie est encrassée, l’individualisme triomphe … et on ne sait pas comment résister, se révolutionner 

Les primaires, c’est peut-être une occasion à saisir pour s’exprimer. Le prochain président sera socialiste, mieux vaut donner son avis avant qu’il (elle) soit dans son fauteuil.

Pour voter aux primaires, il faudra signer l'engagement suivant : « Je me reconnais dans les valeurs de la Gauche et de la République, dans le projet d’une société de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité, de justice et de progrès solidaire. »

Le Parti Socialiste ne précisant pas quelles sont les valeurs de la Gauche, tout le monde peut se reconnaitre dans cette phrase  universelle, consensuelle et bateau.

Les candidats ont le même programme officiel, mais ils ne sont pas tous Blanc Bonnet ou Bonnet Blanc. Il faut choisir. Et notre préféré, c’est Montebourg . C’est le seul qui se détache vraiment du centrisme social-démocrate.  S’il doit y avoir une alternance politique, autant qu’elle soit franche et réelle.

Ecoutons Michel Onfray, excellent, quoi que manichéen, quand il ne parle pas de philosophie : « Depuis François Mitterrand en 1983 (le tournant de la rigueur), le choix oppose désormais une gauche libérale, la sienne, et une droite libérale. Gauche et droite antilibérales se trouvent donc reléguées dans les marges. Elles servent de force d'appoint. (…)

Tous les candidats à la primaire socialiste, sauf un, communient dans cette religion libérale. On peut bien essayer de chercher des différences entre les six prétendants, on ne trouvera que des looks à opposer - François Hollande l'a bien compris qui annonce s'être "préparé" à diriger la France en renonçant à son humour et en faisant un régime alimentaire ! Un programme subliminal pour la nation : arrêter de rigoler et se serrer la ceinture...

Désormais les choses sont simples et nous n'avons le choix qu'entre deux hypothèses : soit on persiste dans la religion libérale, (…) Soit on sait que le libéralisme est une utopie concrète et dangereuse et l'on opte pour une gauche antilibérale, autrement dit une gauche de gauche. Dans la primaire socialiste, seul Arnaud Montebourg campe sur cette position »

Votez, faites passer le message, votez, manifestez !

Irène et Francis Odier

 

Parmi les propositions de Montebourg, voici nos préférées :

Référendum d’initiative populaire, statut des médias garantissant leur indépendance

Rendre l’information publique accessible à tous : partager l’information et la dépolitiser en créant une agence indépendante du gouvernement  ‘données-gouv’

Pour démanteler les paradis fiscaux, commencer par un embargo sur les transactions en provenance ou à destination de ces territoires.

Mettre en place une procédure anti-dumping

Système de préférences commerciales (via des traités bilatéraux) au bénéfice des pays s’adaptant au mieux et au plus vite des normes sociales et écologiques internationales. Invoquer les règles sanitaires, sociales et environnementales pour encadrer le commerce mondial

Taxe carbone européenne. Taxe carbone extérieure aux frontières de l’UE. Taxe carbone rose-verte progressive et progressiste. Taxe européenne sur le transport maritime (Arnaud, il est fan de la taxe carbone !)

Retirer du champ de la concurrence les activités de services publics relatifs à l’éduction, l’énergie, la santé et les transports en réseaux

Développer le crédit en soutien au secteur coopératif, réserver des marchés au secteur coopératif.

Soutenir et développer la finance solidaire

Mettre fin aux stocks options et actions gratuites comme moyen de rémunérer les dirigeants et cadres d’entreprise

Renouveau productif (…) reconstruire un socle industriel puissant

Investir de l’argent public en contrepartie de la création d’usines et de labos en France (Nb pour les Crollois : c’est le schéma ST)

Concentrer le crédit d’impôt recherche sur les PME

Taxer les transactions financières

Interdire la vente différée de titres boursiers que l’on ne possède pas. Faire tomber l’économie de casino.

Rendre incompatible les licenciements économiques avec la distribution de dividendes

Pénaliser l’évasion fiscale

Encadrer les OPA hostiles transnationales

Augmenter les impôts sur les successions les plus élevées pour combattre la rente et la reproduction des inégalités

Et Martine Aubry ?

Sur le nucléaire, c’est la plus claire : « je crois qu’il faut sortir du nucléaire »

Sinon, elle nous produit de la soupe insipide. Voici « Etre de gauche » selon Martine Aubry – où l’on voit bien que cette expression ne veut plus rien dire …

« Pour moi, être de gauche, c’est poursuivre trois objectifs essentiels. Le premier consiste à permettre à chaque homme et chaque femme de s’émanciper, c’est-à-dire d’être porté au plus haut de lui-même (…) Le deuxième combat de la gauche, c’est de maîtriser le monde dans lequel nous sommes, et de préparer l’avenir. (…) Enfin, être de gauche, c’est construire une société qui fasse civilisation, une société qui laisse sa trace sur le plan culturel, qui crée des liens entre les citoyens.Bref, une société où l’on sache vivre ensemble et où l’on accueille la diversité comme une chance, et non comme un risque. »

Et si on se retrouvait…, éd. L’aube, août 2008, pp. 37 sq.

09 juin 2011

3 ans et demi de mandat et un constat - Terrain fertile, démocratie étriquée

Quelle est la situation de la démocratie locale à Crolles ? Quel niveau de maturité ? Comment progresser ? Ces questions sont au cœur de mon engagement au conseil municipal depuis fin 2007 où j’ai décidé d’être candidat jusqu’à mai 2011 où je passe la main au suivant sur la liste Ensemble pour Crolles.

 

Trois ans de mandat, c’est une durée plus que suffisante pour construire un diagnostic fondé sur des éléments concrets, vécus, étayés par des documents consultables en mairie et des informations vérifiables auprès des acteurs locaux.

 

Mon constat est celui d’une occasion manquée, une démocratie gâchée, étriquée, qui reste médiocre alors qu’elle pourrait être épanouie, innovante, rayonnante.

 

On m’objectera facilement que Crolles ne fait que reproduire ce qui se passe ailleurs, que notre bonne ville n’est pas moins démocratique que la moyenne. Certes. Sans doute. Et alors ? Mon seul objectif est de montrer que l’on pourrait faire tellement mieux !

 

Ici, (presque) toutes les conditions sont réunies pour permettre l’éclosion d’une vie locale telle qu’on la rêve dans la plupart des mouvements politiques. (...)

 

Le récit - 2 pages : Récit - 3 ans et demi de mandat et un constat.pdf

11 mai 2011

Ethique de la transparence

« L’année 2011 doit être celle de l’éthique » nous propose le médiateur de la république.

 

Nous avons besoin de transparence sur l’éthique. Alors, voici mon éthique de la transparence, les principes dont je m’inspire et que je voudrais voir appliquer en politique.

 

1) Sincérité dans l’expression publique des intentions. Un exécutif devrait afficher ses projets dès qu’ils sont clairement conçus et qu’ils sont engagés (ce qui ne veut pas dire qu’ils vont aboutir). Par exemple, une municipalité devrait afficher ses projets en matière d’urbanisme (les contacts avancés avec la grande distribution ou avec un promoteur). Un élu devrait afficher ses intentions personnelles quand elles sont claires dans sa tête : ce qu’il veut faire de son mandat, s’il envisage ou non de faire une carrière etc. Pour la présidentielle, je préfère Hollande, Royal, Montebourg et de Villepin qui jouent mieux le jeu de la transparence précoce que DSK et Sarko qui font semblant de ne pas savoir s’ils ont envie d’être candidat. Ce principe de sincérité suppose que la société dans son ensemble devienne tolérante, voire bienveillante, vis-à-vis des changements de cap et des échecs : en gros, je te demande d’être sincère sur ton intention ici et maintenant, et j’accepterais sans sourciller que tu changes d’avis. Dit autrement, si nous voulons la sincérité, nous devons accepter la réalité, à savoir les échecs et les volte-face  

 

Equilibre entre la sincérité sur ses opinions et l’auto-censure par discipline collective. Je ne suis pas assez naïf pour espérer que chaque élu parle aussi librement que je peux le faire ! Je comprends bien qu’un exécutif ou même une majorité ne peut fonctionner que s’il existe une certaine cohésion en son sein. Mais tout est affaire d’équilibre. Les assemblées de godillots et l’omerta tuent la démocratie.

 

2) Effort permanent pour distinguer les faits et les opinions. Refus de la langue de  bois et des discours manipulateurs. Equilibre entre les grandes idées théoriques, les grandes envolées lyriques fumeuses et les idées concrètes appuyées sur la réalité. La responsabilité de ceux qui ont le pouvoir est de produire des discours honnêtes. Cf le « petit cours d’autodéfense intellectuelle » de Baillargeon. Les discours creux, faux et / ou manipulateurs sont une source majeure de perte de confiance des citoyens dans leurs élus.

 

3) Obligation de signature = refus de l’anonymat, refus de la pratique des ballons d’essai, des fuites contrôlées.

 

4) Transparence complète et fluide (publication rapide sur des sites publics) de tout ce qui est rapport d’étude, appel d’offres, avis sur un dossier, document présenté en commission, courrier officiel entre deux institutions etc.

 

5) Transparence rigoureuse sur les indicateurs qui objectivent la vie de la collectivité - via des organismes indépendants chargés de collecter et publier  toute donnée factuelle concernant la collectivité : les comptes, les agressions et incivilités,  la fréquentation des établissements publics, transports publics, le trafic routier, la qualité de l’eau, la qualité de l’air, … Si déjà, les collectivités publiaient rapidement ce qui existe, on franchirait un bon pas. Ensuite, sans dépenser grand-chose, les collectivités pourraient financer des structures associatives chargées de ce travail via des contributions citoyennes bénévoles.

 

6) Pluralisme des expertises : pour les sujets complexes où il est illusoire de chercher une vérité unique et objective, la transparence suppose des dispositifs de controverses. Cf l’exemple du nucléaire. Cf aussi les questions d’urbanisme et d’aménagement local.

 

7) Respect de la confidentialité (non transparence) des conversations privées, des propos tenus lors des réunions non publiques, de la correspondance privée, de la correspondance officielle au sein d’une ligne hiérarchique ou au sein d’une même institution, des rapports provisoires et documents de travail échangés entre un prestataire et son donneur d’ordre. Toute instance peut légitimement se réunir à huis clos. Je ne suis pas favorable à une transparence à la mode Wikileaks. Cependant, la correspondance privée peut être publiée après … un certain temps (quand le canon est refroidi, par exemple, à des fins historiques ou avec l’accord des intéressés).

 

Si ces principes avaient été respectés, la Rocade Nord aurait disparu beaucoup plus vite de la circulation, Montbonnot serait déjà dans la Métro (l’agglomération grenobloise), nous n’aurions pas eu la baisse de la TVA sur la restauration, le bouclier fiscal n’aurait pas dépassé l’imagination de quelques personnes fortunées, Ben Ali aurait quitté le pouvoir il y a déjà de longues années, etc etc.

 

Francis Odier, 11 mai 2011

Selon le médiateur, "notre monde a besoin de morale publique"

Le médiateur de la république vient de publier son rapport 2010. A lire et méditer.

 

http://www.mediateur-republique.fr/fic_bdd/pdf_fr_fichier/1300292092_Mediateur_RA2010_VD.pdf

 

Extraits :

 

Editorial : « Notre monde a besoin de morale publique. Notre peuple retrouvera confiance en ses élites si elles sont exemplaires.

 

L’année 2011 doit être celle de l’éthique, de la transparence pour toutes celles et ceux qui exercent le pouvoir, notamment s’agissant des financements et des conflits d’intérêt. L’autorité, pour être acceptée, ne pourra se fonder sur la justification d’un titre ou d’une élection mais reposera sur la dimension morale de celui ou celle qui l’exerce. »

 

 Page 31 : « On parle souvent de ce que les hommes font du pouvoir mais jamais assez de ce que le pouvoir fait des hommes. Un certain nombre d’élus, y compris des élus locaux, n’ont pas pris conscience du fait qu’ils sont porteurs du pouvoir de respecter la loi et de la faire respecter mais en aucun cas d’un pouvoir d’imposer leur loi.

 

Le véritable enjeu, pour la société actuelle, est que tous ceux et celles qui sont porteurs d’une autorité doivent prendre conscience du fait que cela n’est pas un gage de supériorité mais de responsabilité. Aujourd’hui, la dimension statutaire de leur autorité ne vaut rien pour l’acceptation de cette autorité. C’est au contraire la dimension morale, exemplaire, éthique de cette autorité qui fait que les gens l’acceptent. C’est à ces conditions de respect de la loi par les élus qu’il y a un consentement à la loi par les citoyens. De la part de l’élu comme du citoyen, cela constitue un défi de respect réciproque, qui ne peut être relevé que s’il existe une loi supérieure respectée par tous ».

 

En réponse aux affaires 2010 (Bettencourt, Woerth, Copé … lire « Pour en finir avec les conflits d’intérêts », de Martin Hirsch), le médiateur glisse un mot sur les « conflits d’intérêt » qu’il préconise justement de proscrire.

 

N’oublions pas que le cumul des mandats est une sorte de conflit d’intérêt et d’abus de pouvoir - abus légal, j’en conviens, mais abus tout de même qu’il faudra bien éradiquer un jour.

23 mars 2011

Le Front Républicain est un concept anti-démocratique

A propos des élections cantonnales 2011, 2ème tour.

 

Le Front Républicain, quelles que soient les motivations de ses partisans, est une invention contreproductive, qui appauvrit considérablement le débat démocratique. On y retrouve sans peine toute une collection d’ingrédients néfastes.

 

La peur, la méfiance, le mépris, l’exclusion. Le principe est simple : il faut tout faire pour éviter qu’il y ait un élu du Front National car les candidats du Front National ne sont pas dignes d’être élu. Que diable, ayons confiance et faisons confiance en nos concitoyens ! Il n'y a nul besoin d'inventer le front républicain pour écarter le front national du pouvoir ! L’élection de quelques poignées de frontistes ne va pas changer la face du monde. Et qui peut dire avec certitude que ces femmes et ces hommes, que nul ne connaît en dehors de leur canton, sont tous une menace pour la société ?

 

Le manque de discernement sur les enjeux. Pour ces élections cantonales, le discours front républicain est le même que pour les élections présidentielles, alors que les enjeux sont fort éloignés. Nous faisons face à une dramatisation comme s’il s’agissait d’empêcher un totalitarisme de prendre le pouvoir, alors que le pire qui puisse arriver à l’issue du second tour est que quelques départements se retrouvent avec des conseillers généraux appartenant au Front National.

 

Le réductionnisme, le simplisme, le manichéisme. Peu importe les situations locales, les personnalités, les circonstances.  L’injonction ne souffre aucune hésitation : il faut choisir, soit tu es avec la République, soit tu es avec le Front National.

 

L’incohérence. Les écologistes, les militants de gauche, des électeurs qui se revendiquent du centre ou de la droite modérée écrivent avec indignation que le gouvernement actuel a lepénisé les esprits, a trahi les idéaux de la République d’égalité et de fraternité … et les voilà tous ensemble à considérer que la seule décision moralement juste est de rejoindre le Front Républicain ! 

 

L'hypocrisie et la langue de bois. Les expressions "front républicain", "vote républicain", ou "barrage à l'extrême droite"  sont utilisées pour ne pas dire clairement "nous appelons à voter UMP" ou "nous appelons à voter PS". La politique se meurt que l'on ne dise plus les choses clairement.

 

L’aveuglement. Comment ne pas voir que cette obstination à construire un front républicain a pour seul effet de discréditer le discours politique et, en conséquence, de renforcer ceux-là mêmes que l’on voudrait politiquement combattre ?

 

En 2002, au 2ème tour de l’élection présidentielle, j’ai voté blanc car j’avais confiance dans la suite des événements (il me paraissait impossible que Le Pen parvienne au pouvoir et, s'il y parvenait, qu'il s'y maintienne), et je ne regrette pas ce choix. La démocratie ne se réduit pas à l’élection de ses représentants. Je vote Pour un candidat à qui je fais confiance, Pour le parti qui représente le mieux mes valeurs. Si aucun candidat ne convient, il faut le dire, tout simplement, avec un vote blanc ou une abstention. On ne construit pas une société fraternelle en jouant sur la peur et l’ostracisme.

 

Ceux qui ont la main dans le débat public (les responsables de partis, les parlementaires, les médias ...) seraient plus utiles à la société en éclairant les électeurs sur les enjeux propres à chaque élection, en particulier, aujourd'hui, ce qui concerne la gestion des départements, plutôt qu'agiter des concepts appauvrissants et, à la longue, destructeurs.

 

23 mars 2011, Francis Odier

 

07 janvier 2011

La jeunesse immobilisée, écartée de la vie démocratique

Je vous recommande particulièrement cet article de Louis Chauvel - Le Monde du 4 janvier 2011 - Les jeunes sont mal partis :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/01/03/les-jeunes...

 

Je complète par quelques indices glanés récemment :

 

"Depuis 10 ans, au sein des locataires, la part des étudiants ne cesse de diminuer. En 2001, ils représentaient 21 % des locataires entrants, contre 10,5 % en 2006 et 3,6 % en 2010" (Les Echos, 5 janvier 2011). Mon interprétation : perte d'autonomie des étudiants, les bails sont désormais au nom des parents.

 

En région Grenobloise, entre 2002 et 2010, la mobilité est en baisse (- 7 %, il faut s'en réjouir), mais "l'évolution est très marquée chez les plus jeunes, particulièrement les étudiants dont la mobilité chute de 19 %". Comment ne pas s'inquiéter ? (Source : enquête ménage déplacements 2010 dans la grande région grenobloise - décembre 2010)

 

Forum Agenda 21 - Crolles - 11 décembre 2010. 40 à 50 participants. Un jeune. 

Le diagnostic proposé à la population indique "Les jeunes, absents du processus Agenda 21". Interrogé sur les causes de cette situation, le consultant qui anime le groupe répond qu'il n'y a pas réfléchi : "nous sommes seulement rapporteur". Le Journal Municipal, janvier 2011, qui rapporte l'événement a interrogé les élus membres du comité de pilotage de l'Agenda 21. Une élue pointe ce problème de l'absence de jeunesse. Nathalie Catrain : "Il faut qu'on arrive à associer les jeunes parce que c'est avec eux qu'on arrivera à construire la commune de demain". Oui, mais comment faire si le diagnostic s'arrête au constat, sans s'interroger sur les causes ?

 

Quelques idées : la démarche Agenda 21 n'est pas attractive car elle apparaît trop technocratique, politique au sens classique du terme, verrouillée par la municipalité. Pour impliquer, il faut déléguer, et accepter de ne pas tout contrôler. Le pilotage de pans entiers de la démarche Agenda 21 devrait être délégué à des associations, notamment à des groupes de lycéens et étudiants. La commune devrait offrir le cadre, donner les moyens, et ne garder au sein de la municipalité que le pilotage de la synthèse, ce qui aurait aussi le mérite d'afficher clairement les accords / désaccords entre les propositions des citoyens et les décisions des élus.

Sans tomber dans le jeunisme, on peut aussi penser qu'un conseil municipal plus jeune aurait réussi à donner un rôle plus important à la jeunesse dans la vie démocratique locale.

23 décembre 2010

Le loup et la digue

L’ami Edgar le dit toujours : il faut relier les idées.

 


Alors, quoi de commun entre la digue et le loup ?

 

Et bien, dans les deux cas, nous avons une menace pour la sécurité qui suscite une mesure de protection, laquelle s’avère globalement néfaste.

 

L’idéal du monde normalisé, avec zéro risque, imprègne notre société à un niveau que l’on aurait tort de sous-estimer. Désormais, les protections sont menaçantes. Et je ne pense pas seulement à Hortefeux avec ses caméras de surveillance et ses carabiniers embusqués à la Villeneuve.

 

Regardons d’abord le loup. Les belles âmes environnementalistes se réjouissent de la croissance continue de sa population. Le loup est désormais bien installé dans la plupart des massifs alpins, et fait de temps en temps quelques incursions remarquées dans le Massif Central, le Jura ou les Vosges. Mais les loups cohabitent difficilement avec les bergers qui l’accusent de faire périr leurs brebis, soit sous leurs crocs, soit en les faisant fuir vers le précipice. Alors, les bergers ont pris des chiens.

 

Dans le Jura, la moitié des éleveurs ont eu des conflits avec le voisinage à cause de la présence de leur chien de protection (cf une étude citée par France Nature Environnement, décembre 2010). Et je ne laisserai personne dire qu’un patou est gentil, ni qu’il reste toujours à proximité de son troupeau. Quelques expériences estivales m’ont forgé une conviction : le danger, c’est le chien, pas le loup. S’il faut protéger les brebis, peut-être faudrait-il d’abord aider les bergers, et accepter de tirer sur le loup.

 

Venons-en à la digue. Comme une meute grandissante repue de brebis, les citadins se pressent au pied des coteaux, attirés par la nature et l’air frais qui descend le soir du plateau de Chartreuse. Mais la falaise n’est pas une pierre figée, et des blocs parfois s’en échappent et dévalent la pente. On peut en voir quelques-uns au milieu des arbres à mi pente, ou égarés dans un pré à proximité des maisons. Depuis des centaines d’années, c’est ainsi, et les villageois avaient su trouvé des zones sûres. Mais le préfet et le maire ont peur des blocs et du loup. Construisons une digue pare-blocs, élevons des chiens anti loups. La digue est en pneus, elle défigure le coteau, brise la continuité écologique … qu’importe. Il faut sécuriser.

 

Un jour un éboulement franchira la digue. Il suffira de la rehausser. Il serait si simple de ne plus construire sous les coteaux.

 

Un randonneur est mordu par un chien, exigeons un certificat d’aptitude à l’élevage des chiens de protection. Un enfant est attaqué par un loup, interdisons la zone aux randonneurs non accompagnés par un professionnel.

 

Serions-nous dans le brouillard à confondre la menace et la protection ?

 

En réalité, le loup a bon dos, car le principal prédateur perpétrant des dégâts sur les troupeaux est le chien domestique.

 

De mémoire historique, dans tout le Grésivaudan, il n’y a pas trace de victime morte ou blessée dans sa maison par chute de bloc … alors que l’effondrement du Mont Granier fit des milliers de morts en 1248, ce qu’aucune digue n’aurait empêché.

 

Ainsi va le monde, nous préférons des illusions de sécurité à la réalité des menaces.

 

23 décembre 2010

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