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05 avril 2012

De Bayrou à Mélenchon, itinéraire d'un idéaliste

Pour l’élection présidentielle 2012, pour la première fois, je vais voter pour la Gauche, après avoir défendu l’idée pendant des années que le clivage droite – gauche était stérile !

Ce vote Mélenchon qui s’annonce serait-il une coquetterie, le jeu dangereux d’un nanti qui n’a rien à craindre d’une aggravation de la crise, le renoncement d’un désabusé de la politique, le suivisme coupable d’un phénomène de mode ? … et que sais-je encore ! Non, il n’y a rien de tout ça. Certes, vous pouvez convoquer Freud et Lacan en colloque pour leur faire dire mes motivations, mais je préfère les expliquer moi-même.

Mélenchon est le seul des impétrants qui porte vraiment les idées d’égalité et de fraternité. Il les entraîne à la manière d’un char de tête dans un carnaval qui ouvre la marche, attire l’attention et reçoit les premiers jets de farine. Mais très vite, la foule oublie la tête et se mêle aux attelages suivants. Les spectateurs et ceux qui défilent font corps, ils forment société. De ce désordre joyeux et parfois violent, émerge peu à peu une nouvelle république imprévue. Le carnaval se disloque, les masques tombent, beaucoup ont la gueule de bois, revoilà business as usual … mais la transformation est réelle, la tourmente a laissé des traces, semé des germes venus d’autres mondes, certains dogmes ont été abattus, d’autres ont pris la relève, l’égalité respire, le mouvement favorise la vie.

Dans une société bloquée et étouffée sous la pensée unique, l’alternance ne peut être que salutaire. Inutile de théoriser trop longtemps, en avril 2012, l’alternance humaniste et raisonnable est représentée par le camarade Mélenchon.

L’ambassadeur des Etats Unis, observateur attentif de notre pays, l’a dit : entre Hollande et Sarkozy, il y a des nuances. En visite à Londres, François Hollande le confirme : « La gauche a été au gouvernement pendant 15 ans au cours desquels nous avons libéralisé l'économie, ouvert les marchés à la finance et aux privatisations. Il n'y a rien à craindre". Le clivage droite – gauche n’avait plus de sens avec le face à face UMP / PS, mais il renaît avec le Front de Gauche.

Depuis des lustres, je baigne dans l’analyse des systèmes et la théorie de la complexité. Alors, je lis les programmes électoraux avec du recul et je m’intéresse peu aux chiffrages et contre-chiffrages. L’évaluation des propositions est une affaire sérieuse qui mérite mieux que des batailles de maquignons qui s’envoient à la figure des milliards sortis de nulle part. Comment un candidat extérieur au système, avec des militants experts mais sans bataillon de hauts fonctionnaires et de chercheurs à son service, pourrait-il chiffrer  les effets potentiels de dispositions encore floues et qui sortent du cadre de référence utilisé par les modèles économétriques ? Les effets d’une innovation sont difficiles à évaluer. L’exigence de chiffrage est un signe de conservatisme.

Qui peut prédire la suite des événements ? Qui peut anticiper correctement les phénomènes en chaîne, les effets foisonnants induits par une politique ? En faisant abstraction des aspects tactiques de propagande, les programmes ont pour but d’illustrer les intentions des candidats. Il ne faut pas les prendre au pied de la lettre, d’autant que je milite pour la pleine autonomie de proposition et de vote des parlementaires.

Dès lors, quelle que soit la sincérité du candidat, les propositions engagent peu et ne doivent pas être déterminantes pour la préférence exprimée dans l’urne. Le vote est un pari, un choix de confiance, ce n’est pas un rouage actionné dans un mécanisme déterministe.

Mélenchon fera-t-il progresser l’écologie ? Je n’en sais rien. Il le dit. Il prend ses distances avec la croissance. Il est plus crédible que bien des barons du PS, Ayrault avec son aéroport, Collomb avec son grand stade, Vallini avec sa Rocade Nord et son parc des Chambarans, Brottes avec ses grandes surfaces commerciales, sa déviation, ses terrains de foot synthétiques, ses vestiaires et sa parodie d’Agenda 21 … arrêtons là, l’inventaire serait cruel pour ceux qui font alliance avec ces nucléocrates, grands bâtisseurs asservis à la croissance.

Par égard pour mes contradicteurs, je dois répondre à deux objections très courantes.

Incroyable, te voilà communiste ! Non, je reste moi-même, centriste (ce n’est pas moi qui change, ce sont les circonstances), et récalcitrant aux étiquettes que l’on voudrait me coller. Dans cette affaire, la proximité avec les communistes est un fait, ce n’est ni un problème, ni un sujet de débat. Je connais peu le PC, même si je côtoie souvent avec bonheur des syndicalistes adhérents ou sympathisants de ce parti. A Crolles, les élus communistes sont inféodés au PS et ils vivent cachés. Dommage, j’aurais bien aimé discuter politique avec eux. Il y a quelques années, le groupe « Républicains et Communistes » a présenté un vœu au conseil municipal. Je l’ai voté tout en demandant que le vœu soit signé nominativement afin que l’on sache qui était communiste au conseil. Le mystère demeure. Le succès de Mélenchon va peut-être en encourager quelques-uns à sortir de leur discrétion.

Voter Mélenchon, c’est faire le jeu de Sarkozy. Le vote utile est un vote spéculatif qui consiste à oublier le candidat de sa préférence, au profit de celui que l’on pense le mieux placé en fonction de ce que l’on pense être le choix le plus probable des autres électeurs. La démocratie crève de ces manœuvres qui détruisent la sincérité du processus électoral. 

Enfin, il faut écarter le débat sur la personnalité et l’expérience du candidat, même si Mélenchon réussirait brillamment tous les examens qu’on voudrait lui faire passer. Une élection présidentielle n’est pas un casting, un recrutement, un concours de beauté. C’est le choix conjoint et indissociable d’une personne, de ses groupes de soutien, des idées qu’elle défend, de la culture politique qu’elle véhicule. Si on veut que la politique soit une affaire collective, et non le combat des égos, si on pense que les mouvements sociaux et l’avancée des techniques ont plus de poids dans l’histoire que les décisions individuelles des pseudos grands-hommes, alors, au moment du vote, on doit faire l’effort – même si ce n’est pas facile – de s’affranchir des personnalités.

C’est pourquoi, à regret, j’abandonne Bayrou, même si, humainement, je pense que c’est le meilleur de nos dix prétendants 2012. Au plan collectif, je ne vois plus le sens d’un vote Bayrou. Sa candidature est trop solitaire, les idées mises en avant restent celles de 2007 alors que le monde a bougé autour de nous, la perspective du retour à l’équilibre budgétaire ne me fait pas rêver, la diversité prometteuse avec Corine Lepage et son mouvement Cap 21 a fait long feu, sa proposition récente concernant la flexibilisation du marché de travail a emporté mes dernières hésitations, son projet de référendum vient trop tard. 

Bayrou a eu raison avant beaucoup d’autres sur le besoin de moralisation de la vie politique, sur le caractère artificiel et stérile de la bipolarisation, sur les effets pervers de la dette, sur la privatisation scandaleuse des sociétés d’autoroutes, sur la dangerosité de Sarkozy … Oui, mais la présidentielle n’est pas un tableau d’honneur où on récompense les personnes supposées les plus clairvoyantes ou compétentes.

Avril 2012, vivement une franche alternance.

Francis Odier

03 avril 2012

Le funeste accord PS EELV

Qu’il est difficile d’être écologiste !

Autrefois, l’écologie s’intéressait à l’environnement. Alors, les belles âmes déploraient de manière condescendante : c’est très intéressant … mais la politique, c’est beaucoup plus vaste, beaucoup plus compliqué. Bien sûr, nous vous consulterons …

Ensuite est venue l’écologie politique. Les beaux bourgeois, les chiens de garde, les vieux militants et les spectateurs des joutes électorales se sont écriés : mais vous abandonnez l’environnement, l’écologie a déserté la campagne !

Cruel dilemme, rester dans l’auguste posture du prophète ou plonger dans les remous de l’arène politique contemporaine ?

Europe Ecologie les Verts, ce mouvement qui portait tant d’espoirs lors de sa création, s’est fourvoyé dans cette alternative manichéenne. Choisissant la 2ème option, celle des compromis de l’alliance, le conseil fédéral du 19 novembre 2011 :

o   Considérant, la proposition d’accord politique portant sur les aspects programmatiques et la proposition d’accord électoral entre Europe Ecologie Les Verts et le Parti Socialiste, adoptées par le Bureau National du Parti Socialiste le mardi 15 Novembre.

o   Décide d’approuver le protocole d’accord de majorité parlementaire entre Europe Ecologie – Les Verts et le Parti Socialiste en vue des élections législatives de juin 2012

Avec le faible score qui s’annonce pour Eva Joly, ce funeste accord entre deux partis politiques est en voie d’être caduc. Faisons confiance à Montebourg, cet animal politique. Dès janvier 2012, il s’est publiquement désolidarisé de l’accord concocté sur un coin de table : il est socialiste, il soutiendra un candidat socialiste aux élections législatives. En voilà un qui a le sens de la cohérence.

Sans tirer sur l’ambulance, c’est le moment de mettre à plat les insultes à la démocratie exprimées par cette négociation calamiteuse entre dirigeants socialistes et écologistes.

La critique n’est pas aisée … car l’accord, tout en étant de notoriété publique, reste partiellement secret. La partie programmatique (« le contrat de mandature ») est facilement disponible sur le web, en particulier sur les sites d’EELV. Mais l’accord électoral lui-même reste introuvable : rien sur eelv.fr, qui pourtant annonce « le texte complet ». S’agit-il d’un accord honteux ? Sur le site officiel du parti socialiste, c’est le silence complet, l’accord n’est même pas cité, absent dans la rubrique « tous les textes votés par le PS depuis février 2010 », absent dans la rubrique « Vie du PS » … et pendant ce temps, le candidat Hollande fait l’apologie de la République exemplaire et prétend donner un nouvel élan à la démocratie

L’accord électoral est secret, mais il existe. Et ce 2 avril encore, en réponse à Montebourg, Moscovici déclare que l’accord sera respecté, ce qui lui donne l’occasion d’étaler sa culture latine : Pacta sunt servanda, les accords sont faits pour être respectés.

Voilà la première tare de cet accord : l’opacité. La publication complète de l’accord, avec les noms et qualités des signataires, aurait permis de clarifier les enjeux : qui est engagé ? Sur quoi ? Au nom de quelle organisation ? Avec quelles sanctions en cas de non-respect ?

J’en viens au fond. Le contrat de mandature liste les points d’accords généraux et prend acte des désaccords concrets sur l’EPR de Flamanville et l’aéroport de Notre Dame des Landes. C’est exactement l’inverse qu’il fallait faire ! L’accord aurait eu du sens s’il avait permis d’acter quelques inflexions significatives et concrètes chez les socialistes. Il aurait été sincère s’il avait reconnu les divergences sérieuses qui séparent l’approche écologique et le modèle productiviste et consumériste de la social-démocratie standard à laquelle adhère le parti socialiste.

Je suis saoulé par les idées générales et les bonnes intentions, et écœuré par le green washing. Jusqu’à présent, les écologistes se distinguaient par une approche alternative de la politique, en lien étroit et en coopération avec le monde associatif. Et les voilà qui placent le concret au second plan ! Lisez Benasayag, De l’engagement dans une période obscure, c’est mon gourou du moment. Le changement suppose de faire jurisprudence : toute lutte qui réussit crée un nouveau possible, toute résistance crée de nouvelles possibilités d’émancipation et de vie, créant donc une jurisprudence au sens où cela devient faisable.

EELV aurait été utile en faisant campagne sur des cas exemplaires … et en préservant ainsi sa cohérence politique : comment un mouvement écologiste peut-il rester crédible en signant un accord qui signifie « les applications concrètes de nos valeurs sont secondaires par rapport aux orientations générales et abstraites » ?

Eva Joly avait eu la juste intuition que cette entente cordiale entre deux partis aspirant à gouverner ensemble n’était pas saine. Elle a bien tenté de prendre de la distance, de dire que cet accord ne la concernait pas … mais, hélas, elle a dû manger son chapeau et plier face aux injonctions de l’appareil qui l’avait mise en selle. C’est une inversion des rôles, un bug affligeant : la candidate à la présidentielle, dont on attendait qu’elle donne sa vision pour le pays, accepte sans trop rechigner le rôle de porte-parole de son parti.

Autant je suis convaincu qu’une candidature à la présidentielle ne doit pas être une aventure solitaire, autant je pense qu’un élu, sur les sujets essentiels, doit être en capacité de défendre son propre point de vue, fut-il en opposition avec son parti. La soumission au groupe est une plaie qui sclérose les débats et enferme dans des erreurs connues de tous mais dont personne n’ose sortir le premier. Je l’ai vécu en direct pendant trois ans au conseil municipal de Crolles. Nous en avons souffert pendant tout le mandat Sarkozy : bien des réformes absurdes, couteuses ou dangereuses auraient été évitées si les députés UMP avaient voté en leur âme et conscience, et non en fonction des ordres transmis par Copé. Et voilà qu’EELV adopte aussi le primat de la discipline du parti. C’est à pleurer.

Le respect de l’esprit des lois est une condition de la démocratie. Dès lors, tout texte qui prétend contraindre les citoyens dans leurs droits ou les élus dans l’exercice de leur mandat est une forfaiture. Bien sûr, chacun reste libre de rester en dehors des partis politiques, mais comprenez mon opposition farouche à ces manœuvres d’appareil qui privilégient la conquête du pouvoir au détriment des bonnes règles démocratiques.

Je suis désolé d’insister et d’en appeler aux fondamentaux, mais une de mes valeurs intangible est que la fin ne justifie pas les moyens. L’objectif « avoir des élus, constituer un groupe parlementaire » ne saurait justifier une pratique, certes légale, mais néanmoins médiocre et qui discrédite le système représentatif.

Comme souvent, les plus virulents pour dénoncer les erreurs commises sont les anciens amis, ceux qui se sentent le plus directement trahis. Je leur donne le mot de la fin, ils sont plus sévères que je n’aurais su l’écrire.

27 février 2012, Corine Lepage enrage : « L’accord Vert PS est ravageur pour l’écologie politique (…) Il apporte la preuve que bien des prétentions des Verts disparaissent dès lors que des jobs leur sont promis : l'abandon du nucléaire qui faisait l'objet d'un ultimatum n'est plus un problème, le choix des candidats par les militants n'est plus un impératif et seul compte le nombre de circonscriptions promises. On peut comprendre parfaitement que compte tenu de la difficulté que représente une présidentielle pour les écologistes, une candidature commune de premier tour sur la base d'un programme soit un choix légitime. En revanche, on ne peut pas comprendre la candidature ET l'accord préalable qui fige le programme quel que soit le score du candidat vert »

3 avril 2012, Dominique Simonnet, ancien président des Amis de la Terre, dans Le Monde : « L’écologie n’est pas morte, c’est l’écologie politique qui n’existe plus. (…) Qui ne l’a vu ? Le parti écologiste a remis au goût du jour les pires pratiques manœuvrières, dignes de la IVe république, en concluant avec les socialistes des accords en trompe-l’œil dans le seul but d’obtenir des circonscriptions et des portefeuilles.

(…) L’écologie est culturelle, sociale, philosophique peut-être, voire poétique. C’est une pratique, un regard porté sur le monde. Ce n’est pas une politique ».

J’aime bien cette vision de l’écologie qui n’interdit en rien d’entrer dans la compétition électorale, mais invite à ne pas transiger sur les pratiques.  

Francis Odier, 3 avril 2012

L'article en version pdf : Le funeste accord PS EELV.pdf

 

accord-2012-EELV-PS.pdf

Accord EELV-PS Europe Écologie Les Verts - avec commentaires sur le web EELV - nov 2011.pdf

Accord PS – EELV un renoncement sous la pression du lobby nucléaire - Réseau Sortir du nucléaire.pdf

 

20 mars 2012

Drame de Toulouse, symptôme de démocratie d'émotion

Ce soir, à Froges puis à Crolles, étaient prévues des rencontres avec Arnaud Montebourg et Alain Vidalies, député des Landes, en charge de l’emploi dans l’équipe de campagne de Hollande.

Au petit matin, notre député nous informe : « suite au drame de Toulouse, François Hollande et son équipe de campagne ont décidé de suspendre jusqu'à mercredi les actions de campagne prévues. Les venues d'Arnaud Montebourg et d'Alain Vidalies sur la 5ème circonscription sont annulées. »

Pour moi, cette décision n’est pas bienvenue. Elle est symptomatique d’une démocratie malade, rongée par des dérives si ancrées dans la société qu’on ne les voit plus.

L’hommage aux victimes et la sympathie (au sens propre de souffrir avec) avec leurs proches imposaient sans doute de modifier la forme et le contenu des interventions envisagées, mais non d’annuler ces rencontres avec des parlementaires engagés dans la campagne électorale.

Au contraire, si on voit la politique comme la recherche du mieux vivre ensemble, alors un tel drame devrait décupler nos énergies militantes, nos envies de débattre pour comprendre et proposer. Une campagne électorale devrait être un moment privilégié pour cela.

Voilà ce que je ressens : certains candidats suspendent leur campagne car ils sentent confusément que leurs discours électoraux, sur le fond et la forme, ne sont pas à la hauteur des enjeux de notre société divisée, ne répondent pas vraiment à l’idéal de fraternité que chacun se remémore dans une période de deuil.

Cette suspension sonne comme un signal : alerte ! La campagne manque de profondeur.

Suspendre la campagne après un tel acte criminel, c’est, encore une fois, privilégier la démocratie de l’émotion.

Mélenchon et Bayrou ont fait des choix différents. Je les en remercie.

Et pourquoi faudrait-il que le pays tout entier marche au même pas, ressente les mêmes émotions au même moment, se soumette machinalement aux décisions du chef ?

Les candidats décident ce qu’ils pensent être juste dans leur situation. Mais, ici, dans le Grésivaudan, pourquoi Brottes n’a-t-il pas l’indépendance d’esprit et l’autonomie nécessaires pour décider, avec ses camarades locaux, de la meilleure manière d’adapter la réunion aux circonstances ?

L’excès de discipline et de conformisme nuit gravement à la démocratie.

Francis Odier, 20 mars 2012

A lire sur  http://www.liberation.fr/politiques/01012397154-toulouse-apres-la-treve-la-campagne-redemarre

Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) a pour sa part décidé de poursuivre sa campagne, en expliquant qu'il s'agissait «d'un acte de résistance». «Poursuivre la campagne, c'est un acte de résistance morale, intellectuelle et affective», a lancé l'eurodéputé, avant un déplacement à Massy, sur le thème des services publics. «C'est montrer qu'en toutes circonstances, la vie l'emporte sur la mort», a poursuivi Jean-Luc Mélenchon, dont l'agenda n'a pas été modifié. «Il ne faut pas mettre notre bouillante démocratie entre parenthèses du fait d'un odieux dégénéré assassin», a-t-il ajouté. «Nous ne sommes pas à la merci d'un dégénéré, il ne fait pas la loi, il ne nous impose pas son rythme, nous le rattraperons et il paiera», a-t-il insisté.

François Bayrou, candidat du MoDem, fait de même. «Ce n'est pas avec une parenthèse de trois jours qu'on y mettra un terme (à l'intolérance). Je ne pense pas à ces évènements de façon électorale mais de façon nationale. Ce climat d'intolérance croissant, il faut y mettre un terme. C'est la responsabilité du président de la République et du futur président de la République de dire aujourd'hui : on ne peut pas continuer comme cela», a déclaré à la presse François. Bayrou, en visite à Valence sur le thème de la santé.

(…)

Dès lundi soir, François Bayrou, le candidat MoDem, a relancé (le débat politique) en jugeant que la tuerie de Toulouse trouvait ses racines «dans l'état d'une société» malade de ses divisions et, surtout, en accusant les responsables politiques qui «montrent du doigt» en fonction «des origines» et font «flamber les passions».

«Les hommes publics ont le devoir de veiller à ce que les tensions, les passions, les haines ne soient pas à chaque instant entretenues», a-t-il dit. François Bayrou n'a publiquement visé personne mais a confié à la presse avoir en tête le discours de Grenoble, dans lequel Nicolas Sarkozy avait établi en 2010 un lien entre délinquance et immigration.

François Hollande l'a suivi mardi sur le même thème. «Il y a des mots qui influencent, qui pénètrent, qui libèrent, ceux qui ont des responsabilités doivent maîtriser leur vocabulaire», a-t-il relevé, «au sommet de l'Etat, rien ne peut être toléré, rien».

01 février 2012

Les chiens de garde - France Inter 1er février 2012

Les chiens de garde, il faut les débusquer.

Voici un exemple de médiocrité journalistique, aujourd'hui même, sur France Inter, radio du service public. Mélenchon est l'invité de Patrick Cohen. J'écoute de 8 h 20 à 8 h 30.

Sur ces 10 précieuses minutes, le journaliste trouve le temps pour parler de deux sujets minuscules, sur lesquels tout le monde connait parfaitement la position de Mélenchon, deux questions qui ont pour seul but de polémiquer, d'amuser au lieu de réfléchir, de rabaisser le débat, de discréditer l'interlocuteur. A propos de Marine Le Pen : est ce que cela vous ennuie qu'elle n'obtienne pas ses 500 signatures ? A propos de Serge Dassault : c'est vrai que vous le trouvez sympathique ?

Comment s'étonner, dans ces conditions, que le conservatisme l'emporte ?

Francis Odier, 1er février 2012

A lire : critique enthousiaste du film Les nouveaux chiens de garde :

http://www.lecrollois.fr/archive/2012/01/08/les-nouveaux-chiens-de-garde.html

 

 

27 janvier 2012

Adieu Bayrou, je t'aimais bien

En aout 2010, je pronostiquai la victoire électorale de Martine Aubry.

http://www.edgarie.fr/archive/2010/08/27/martine-dans-un-fauteuil.html

J’avais bien anticipé la chute irrémédiable de Sarkozy, l’effondrement de la bulle DSK, l’abandon de l’UMP par Rama Yade  … J’avais pressenti que Wauquiez et Baroin n’iraient pas très loin … mais je n’avais pas vu venir François Hollande.

Au lendemain de la présentation des 60 engagements, nous y sommes. L’élection présidentielle est jouée. Les médias ont choisi leur candidat. La presse du jour est éloquente. Libération titre « De gauche », ce qui est une manière de faire allégeance au candidat dont nul ne conteste désormais la légitimité. Les Echos ne trouvent pas grand-chose à redire au programme économique. L’envoyé spécial de France Inter à Davos nous explique que les congressistes ne sont pas inquiets. En dehors de l’hexagone, personne n’a pris très au sérieux les diatribes contre la finance, ennemi déclaré de François II. Au contraire, les talents oratoires du candidat socialiste rassurent : le voilà enfin en capacité d’être élu, ce qui éloigne d’autant le risque de se retrouver avec un dangereux extrémiste tel que Mélenchon.

 Que penser de ce futur président ? « La gauche après la droite au Parlement ? Saine alternance ? Un peu plus de logements sociaux, un pour cent de chômage en moins ? Allons-donc ! Un changement de civilisation, voulez-vous dire. Le ridicule tue, mais la grandiloquence paye. En rajouter, majorer l’enjeu : voilà un vice toujours récompensé ». [Régis Debray, Du bon usage des catastrophes, mai 2011].

Allons, point de défaitisme, assez de sarcasmes ! Mieux vaut cette alternance là que la poursuite de la descente aux enfers. Et tant pis si les changements annoncés semblent dérisoires au regard des enjeux (camarades socialistes, est ce que le doublement du plafond du Livret A vous fait rêver d’un monde plus humain, plus écologique ?) 

Les sujets emblématiques que sont Flamanville et Notre Dame des Landes suffisent à prouver, s’il en était besoin, que c’est un vrai conservateur qui se prépare à diriger le pays. Bourgeois, bobos et rentiers, nous voilà rassurés !

 Faut-il chanter dès maintenant Adieu Bayrou, je t’aimais bien, c’est dur de mourir au printemps, tu sais ? C’est l’autre François qui a gagné. Inutile d’inventer de vaines discordes ou de fausses disputes sur des orientations qui ne sont pas si éloignées. Mieux vaudrait une ultime audace, un discours aussi simple que juste et sincère : « Nous sommes tous les deux sociaux démocrates. J’étais volontaire et je pensais être le meilleur, mais force est de constater que François Hollande parvient mieux que moi à rassembler, à fédérer les énergies, de Hulot à Mélenchon, autour d’ambitions mesurées mais utiles. Alors, bonne chance à lui ! Quant à moi, je reste toujours prêt ».

 Un tel discours provoquerait d’abord un moment de stupeur. Très vite, ce serait la curie. Les chiens de garde crierait haro sur le battu : il a perdu, il fuit, il est misérable. Les anciens strauss-kahniens joueraient les indignés: nous n'avions rien de commun ! nous sommes la Gauche !

Puis, petit à petit, le doux murmure des citoyens honnêtes et engagés dans une époque obscure se ferait entendre. Formidable ! Enfin ! Un renoncement constructif. C’est le premier capable de ne pas s’entêter, s’accrocher, s’obnubiler sur le pouvoir. Il ouvre la voie. Une autre approche de la politique. Une invitation à voir derrière les étiquettes. Le triomphe des idées passe parfois par la mort du porte-drapeau.

 

Francis Odier   -   27 janvier 2012